Intitulé Affolement de la méthode, c’est le nouveau livre qui devrait prochainement paraître chez un petit éditeur – du plomb dans l’aile pour un grand – sous la signature de Dominique Strauss-Kahn (DSK) et dans lequel celui-ci énonce, plus clairement que jamais, ses intentions concernant sa candidature aux futures élections présidentielles en France.
L’Irréductible a pu se procurer l’ouvrage (Editions aléatoires, 221 pages, 15 euros) du directeur du Fonds monétaire international (FMI) à Washington et en publie ci-dessous, en exclusivité, quelques extraits, afin de contribuer au débat qui s’engagera cette année avec le lancement des « primaires » du Parti socialiste.
Car même si DSK (qui porte une troisième lettre présidentielle à l’américaine dans ses initiales) est donné comme favori des Français pour affronter Nicolas Sarkozy lors de l’échéance de 2012, les jeux ne sont pas encore faits : lors du vote des dernières « primaires » du PS, le 16 novembre 2006, c’est Ségolène Royal qui l’avait emporté avec un score de 60,65 % contre 20,69 % à son challenger.
Hier, à Jarnac (Charente), à l’occasion de la célébration du quinzième anniversaire de la mort de François Mitterrand, on remarquait l’absence, notamment, de François Hollande et de Manuel Valls, futurs candidats à la magistrature suprême, hélas retenus ailleurs par des agendas surchargés. Quant à DSK, il n’avait pas traversé l’Atlantique, et ce pour des raisons purement économiques : il est spécialiste du domaine, dit-on.
(Couverture du livre de DSK. Photo D.R. Cliquer pour agrandir.)
« La question dirimante peut être formulée ainsi : la France doit-elle constamment regarder en arrière, dans son rétroviseur historique, ou est-il enfin venu, le temps de la lucidité ? En 2012, pouvons-vous encore nous référer à Jean Jaurès ou à Léon Blum plutôt qu’à Maurice Allais, George Akerlof ou Joseph Stiglitz ? Cessons de prendre les vieilles lunes pour des sunlights : Hollywood Boulevard n’est pas éclairé par des becs de gaz. (…)
« La compétition interne au Parti socialiste est à double tranchant : rappelons-nous que ma concurrente auprès des militants, qui m’avait distancé lors des « primaires » de 2006, a lamentablement échoué lors du match présidentiel : sincèrement, je pense que je l’aurais emporté à sa place. Une femme peut-elle d’ailleurs faire le poids face à Nicolas Sarkozy et à son armée de spadassins ? Ségolène Royal manque de sérieux, Martine Aubry en tient une couche. (…)
« L’organisation économique de la France est l’héritage de la Révolution française : nous ne sommes toujours pas sortis des départements, des mairies, du respect des innombrables rouages administratifs qui, tels des sacs de sable déversés dans le moteur d’une locomotive, sont grippés dès le départ. Notre compulsion papivore – même à l’heure d’Internet ! – transforme la moindre décision en un mince filet d’eau qui se perd sur la plage asséchée de nos velléités. (…)
« Si je compte le nombre de jours de grève et de manifestations qui ont eu lieu en France en 2010, c’est l’effarement qui me saisit. La réforme nécessaire de la retraite à soixante ans méritait-elle de faire descendre autant de gens dans les rues ? Vue de l’étranger, l’image donnée par notre pays en ces circonstances était déplorable. On se souvient de la place Bellecour à Lyon, théâtre d’une guérilla urbaine incroyable : Barack Obama fut à deux doigts en V d’envoyer ses GI’s pour rétablir la situation. (…)
« Le quinquennat de Nicolas Sarkozy ne ressemble pas à ce désastre que la presse française (celle dite « de gauche » principalement) se complaît à dépeindre chaque jour et chaque semaine. Le FMI a-t-il dû imposer à la France les mesures qu’il a fait appliquer à la Grèce et à l’Irlande ? Non, et ceci montre bien que la situation est saine dans l’hexagone. La crise financière, venue d’outre-Atlantique, a été rapidement résolue et les banques renflouées comme il convenait. (…)
« Sur le plan des libertés, il reste certes quelques progrès à faire, notamment dans la manière d’en parler. La France ne vit pas sous un régime dictatorial : les problèmes de délinquance, de sans-papiers, d’immigration, de logements sociaux… exigent un traitement ferme mais sans dérapages dans le discours. Le légal s’accommode du verbal. Un ministre de l’Intérieur ne peut critiquer une décision de justice. Les œuvres de Montesquieu seront distribuées à chaque participant du Conseil des ministres, qui en fera à tour de rôle, le mercredi, un exposé choisi. (…)
« Mon ambition est grande pour mon pays : la social-démocratie tempérée est le meilleur système que la météo politique puisse prévoir en 2012. Nous irons enfin de l’avant, si vous vous rassemblez sous ma bannière, vers un progrès conséquent, des richesses réparties selon les mérites, des entreprises audacieuses et dégagées des carcans bureaucratiques, une croissance retrouvée, une culture libérée. (…)
« Durant cette campagne, je ne répondrai à aucune attaque personnelle car seul m’importe l’avenir de la France, avec le développement de nos relations internationales. Croyez-moi, il n’y a pas photocopie ! Cessons donc de craindre l’affolement de la méthode, mettons-nous en bras de chemise : on a vraiment du pain sur la planche, et nous allons même entreprendre d’arracher ses clous. (…) »