« C’est seulement en plantant des arbres que l’homme parvient vraiment à imiter Dieu » écrivait Rabi Yehouda berabbi Simoun.
Un bébé chêne est dans un vilain pot de plastique noir sous mes fenêtres, je vais bientôt pouvoir le planter.
En attendant le dégel, je l’ai mis à l’abri du vent du Nord.
Les mésanges irrévérencieuses laissent sur ses branches minces leurs crottes blanches.
Je n’ai pas l’idée d’imiter Dieu. Par contre, la sagesse juive qui recommande de planter des arbres pour les enfants de l’avenir me plaît.
Aujourd’hui, c’est Tou Bichvat, la Fête des Arbres. En Israël, c’est le moment des jeunes pousses, mais comment faisaient les juifs des bords du Iénisseï ou de la Volga ? Je ne sais pas. La plantation d’arbres n’est qu’un aspect de la célébration, il y a aussi la dégustation des cinq fruits qui poussent sur un arbre. Les juifs de Pologne mangeaient des fruits secs. Un trésor à conquérir alors, dans ces régions.
Je savoure comme eux, mais si facilement aujourd’hui, les dattes, les raisins, les figues. La grenade se trouve fraîche dans les supermarchés qui n’ont plus de saisons, et l’olive est dans son huile ou sa saumure pour l’année.
Les autres «impératifs» de Tou Bichvat sont de se réjouir et de méditer sur les cycles de la nature. Je le fais dans mon cœur, en grande solitude. J’aimerais, ce soir, être dans une communauté fêtant ! Quatre coupes de vin et les cinq fruits, et des chants pour toute la soirée…
Dehors, des souffles violents de flocons accompagnent la nuit, et le lever de la lune en son premier jour décroissant.
Si j’avais l’idée d’imiter Dieu, je ne le ferais pas avec pelle et pioche. Je serais médecin dans les centres français de rétention (mot ignoble) pour les étrangers. L’enfant Vasgen, 6 ans, a été arrêté vendredi 7 janvier dans son école, par des policiers en civil qui l’ont emmené dans un centre rejoindre son père arménien, réfugié politique, accusé de vol.
Le père, sa compagne et l’enfant ont été libérés hier pour « raisons médicales », indique la préfecture de la Haute-Loire.
Un jour, Vasgen, si d’ici là Dieu ne se rendort pas totalement, tu pourras voir tes enfants faire de la balançoire à une branche de mon grand chêne…
Natacha Salagnac

(Les Rêves d’envol, gravure de Françoise Werner. Cliquer pour agrandir.)