En sortant de la station Bobigny-Pablo Picasso, hier soir, suivre à gauche la voie du tram qui file dans la nuit récente. C’est là, au bout du voyage, qu’est donnée une version de la pièce de Tchekhov, Oncle Vania, par Lev Dodine.
La représentation (trois heures avec entracte) se déroule en russe, avec surtitres comme à l’Opéra, mais c’est facile de s’habituer au théâtre en V.O. Même si les acteurs ne s’expriment pas assez fort : il faut parfois tendre l’oreille quand leur présence physique s’atténue. La musique de la langue joue alors sa partition singulière.
Tout a été dit de la coupe opérée ici par Tchekhov dans la société bourgeoise – il y a même une préoccupation écologique avant la lettre concernant les arbres que l’homme abat pour se chauffer au lieu de "chercher le combustible dans la terre" – et de son interrogation métaphysique sur le sens de la vie. Une réflexion ancrée dans le quotidien (fenaison, pluie, vente du domaine…) et les allées et venues des personnages, leurs attirances, leurs déceptions, leurs espoirs retoqués.
Bientôt tout éclatera, comme l’orage imprévu, puis les chevaux seront là, le lendemain matin, chacun partira dans le soleil revenu, la grande propriété ne gardera, à la lumière des bougies, que ceux qui en ont été la cheville ouvrière.


