J’ai repensé à Bertolucci, à cause de la mort récente de Maria Schneider : cette salle d’attente était en fait une ancienne pièce d’appartement, mais comme ceux justement que l’on voit dans certains films, vastes, haussmanniens, avec des moulures au plafond, généralement une cheminée surplombée d’une glace, le radiateur mince collé au mur, et l’encadrement de la vaste fenêtre donnant sur la rue parisienne bruyante mais étouffée.
J’imaginais que sur chaque chaise quelqu’un s’était assis, avait patienté, puis avait disparu. Pierres tombales en bois, sur quatre pieds, accueillantes mais pas jalouses, elles laissaient les visiteurs repartir. Ils se succédaient dans le calme, et s’offraient ainsi un repos mesuré dans le temps.
On aurait pu danser dans ce lieu ou même y installer une caméra : la musique l’aurait fait tourner elle-même sur son axe avant qu’elle n’arrive jusqu’à la fenêtre, hésitant à sauter (vue en plongée, travelling final). Les acteurs auraient été transparents, donc le casting facile, mais leur élégance tiendrait dans le dialogue murmuré en voix off (surtout pas de guimauve à la Frédéric Mitterrand).
Une intrigue se nouerait entre l’homme brun et la femme blonde, un peu style actrice américaine : tous les deux, ils fumeraient – comme dans l’adorable Permanent Vacation de Jim Jarmusch – et le claquement du Zippo se ferait entendre en écho d’une époque enfuie où l’interdit (Dawn by Law) n’avait pas encore étendu son emprise sur tous les domaines de l’existence.
C’était maintenant l’instant du repérage, les secrétaires s’affairaient un peu plus loin. L’endroit ressemblait en réduction, mais dans une beauté différente, à la salle des « pas perdus » dans une gare (André Breton tout près), sauf que celle-ci disposait d’un grand canapé en cuir vert où j’aurais aimé m’allonger.
D’ici, des trains imaginaires partaient, les rails étaient si fins qu’il était impossible de les discerner et la fumée en noir et blanc des locomotives s’était depuis longtemps dissipée dans le ciel de l’autre côté.
(Photo : cliquer pour agrandir.)
quand on a l’esprit libre, presque, ou que l’on a désir très fort et force de le libérer, quand les patients sont nombreux, assez, mais pas trop (regroupement de médecins ou trop de temps accordé à chaque cas), une salle d’attente est un endroit hautement romanesque, d’autant que l’on invente ses voisins faute d’oser trop les regarder, par scrupule
@ brigetoun : les magazines sur les tables basses sont aussi un indice sur le(s) choix des médecin(s).
j’ai revu, il y a peu, le plus beau plan séquence du cinéma de tous les temps et de tout l’univers, l’antepénultième de "Profession Reporter" (Michelangelo Antonioni, 1975), dans lequel on voit Maria Schneider (avait-elle 20 ans, alors?) aller ici, venir là, entrer dans l’hôtel, découvrir le corps mort de… qui ? paix sur son âme, merci pour Charlie
@ PdB : ce film superbe est repassé il y a peu à la Filmothèque, rue Champollion. J’ai mis Charlie Parker parce que l’acteur de Permanent Vacation s’appelle Chris Parker et écoute ce jazzman (il lit aussi Lautréamont).
lien magnifique… merci l’Irréductible !
Salle d’attente : bouillon de culture ?
@ JEA : quelque part.
Une salle d’attente se nourrit de la patience et de la tolérance au sentiment de la perte de temps. Ce que je n’ai pas. Je fuis les médecins. Ils sont si peu éclectiques dans leurs choix de revues et de magazines. Mais j’adore le cinéma. Jarmusch était programmé au ciné parallèle. Petite salle obscure dans la vie underground de Montréal. Au grand déplaisir des censeurs.
@ Pierre Chantelois : Jarmusch fait peur chez vous ?
Grandiose attente.
@ Gilbert Pinna : l’attente aboutit parfois à l’ordonnance(ment).
Moi, ce qui m’amuse en plus, c’est de te voir dans le reflet du miroir magique… :0)
@ Sophie K. : casting transparent !
Belle photo!
Pas de télé?
@ nicolas ? Si, pourquoi ?
@ ΔΟΝ ΚΙΧΩΤΗΣ : merci.
Ce vis-à-vis de styles est très intéressant.
On notera principalement l’installation de sept chaises, allusion sensible au cinéma.
La perfection n’est donc pas loin mais reste la question essentielle:
- Comment ça va ??
Et d’entre les ficus surgissait comme une ombre
Muni de son Reflex le maître de céans
Venu d’un autre temps, moins fastueux, plus sombre,
Où la chaise au fauteuil succède (ô mon séant…)
Appartement bourgeois! Honoraires libres?
(Tout va bien j’espère, la santé n’a pas de prix.)
@ Dom A. : j’étais là en tant qu’accompagnateur.
@ M. : vous lancez le concours de poésie ?
@ Ambre : je me méfie juste de la contagion.
i love it
Illumination de salle d’espérance
@ appartement barcelone : jolie remarque d’intérieur.
sublime texte !