Archives de mars, 2011

Curieux comme déjeuner au bord du canal attire : les miettes des sandwichs sont jetées à la baille et flottent comme des barques minuscules se dirigeant vers Lampedusa. Laisser pendre ses jambes comme celles d’un nageur en pantalon ou d’une nageuse en jupe, elles se balancent au-dessus du miroir ondulé, désirant sans doute faire accélérer le courant paresseux, ou alors c’est pour se signaler au voisin si elles sont féminines.

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A Paris, la rue Louis-Blanc (10e) comporte un beau commissariat de police, c’est là qu’il faut aller pour porter plainte (l’assurance l’exige) quand la voiture a été dégradée. Il est vrai que les flics ne peuvent être partout et celui de la guérite en verre montre une bonne bouille. En fait, il faudrait venir avec son véhicule pour qu’ils constatent eux-mêmes les dégâts ou alors avec un devis mais justement on doit aller au garage après.

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Tout est presque champêtre ici, entre midi et deux heures ; Maupassant pourrait y inventer quelques histoires avec, qui sait, un grain de fantastique : « En somme, j’ai vu de l’eau, du soleil, des nuages et des roches – je ne puis raconter autre chose – et j’ai pensé simplement, comme on pense quand le flot vous berce, vous engourdit et vous promène… » (Sur l’eau, 1888).

Tout est également pacifique (j’ai appris hier que deux manuscrits inédits de Julien Gracq à propos de la guerre de 1940  allaient être publiés le 7 avril par les éditions José Corti) et paisible, dans le coin : même le nuage japonais ne se reflète pas à la surface, il s’est déjà dilué dans l’air, paraît-il, tandis que du rouge et du jaune jouent au soleil.

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UMP, la course en queue (de cheval)

Publié: 30 mars 2011 dans Jeux

Bizarre, on n’entend plus parler d’Eric Woerth et, notamment, de l’hippodrome de Chantilly : pourtant, ce serait intéressant de savoir ce que pense de l’UMP et de son éclatement l’ancien ministre du Budget et trésorier du parti « populaire » de la majorité.

L’actuelle course en queue (de cheval) de la formation dirigée par Jean-François Copé, monté au créneau publiquement contre François Fillon, devrait pourtant captiver ce spécialiste des champs de course retiré dans ses terres, harassé.

(Photo parue dans lemonde.fr du 30 mars. Le tag a été rajouté. Cliquer pour agrandir.)


A la sortie du métro Pyrénées, descendre une partie de la rue de Belleville et puis remonter à gauche par la rue Piat : arrivée au parc.

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Mais la vue est brouillée (au loin, la tour Montparnasse semble trembler sur ses bases) par la pollution qui s’étend sur la capitale. Ce n’est pourtant pas « le » nuage radioactif, et l’étrange Maison de l’air semble mesurer on ne sait trop quoi dans l’atmosphère.

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Des lecteurs et lectrices parsèment les jardins et les gradins. On discute sur un banc au soleil. En redescendant, on prend un café à la Maison des métallos (une plaque rappelle un rassemblement pour l’intervention armée au moment de la guerre d’Espagne), l’expresso dans la cour ne coûte qu’un euro.

La fameuse rue Villin (Georges Perec) ne ressemble presque plus à rien. C’est dans ce quartier que l’on a construit des immeubles modernes, dans une optique  de « rénovation », comme ils disent. Une rue qui se nomme Francis Picabia semble égarée dans le coin.

Des films policiers ont été tournés ici. Un élément du décor aurait-il été oublié par mégarde ?

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(Clifford Brown, Swingin.)

Une nouvelle qui fait plaisir : la fille Le Pen n’obtient au deuxième tour des élections cantonales, hier, que deux sièges à Carpentras (Vaucluse) et à Brignoles (Var), au lieu des dix escomptés par… son compagnon nommé Louis Aliot, pas marié.

Il est utile de savoir qu’à Brignoles, le candidat du FN l’a emporté sur celui du PC et de la gauche unie avec seulement un écart de 5 voix d’avance. Certains abstentionnistes, ou des partisans égarés du « Ni-Ni », peuvent s’en mordre les doigts jusqu’au sang.

Plus inquiétant pour le président de la République : il serait éliminé au second tour des présidentielles, si les prédictions du sondage Ipsos devaient se réaliser. Il faudrait alors pourtant choisir !

(lenouvelobs.com d’hier. Le tag a été rajouté. Cliquer pour agrandir.)

Ce qui est fort plaisant aussi : l’éviction de Madame Balkany hors de son fief de Levallois-Perret, (Hauts-de-Seine), la bonne tenue du PS (36,4 % des voix), la dégringolade de l’UMP (18,6 % des voix), le score rabaissé à des proportions moins médiatiques du FN (11,2 %), estimations provenant dimanche soir du ministère de l’Intérieur pour 2/3 des bureaux de vote.

Et les déclarations des tenants de la majorité reconnaissant par quelques litotes leur échec cuisant sont rigolotes : « Les candidats de la droite et du centre ont bien résisté » (François Fillon), même si « la majorité est un peu déçue » (Jean-François Copé, UMP).

Comme l’écrit Laurent Joffrin dans Le NouvelObs.com, avec la montée générale du FN et la stratégie de la droite battue à plate couture à force d’imitation de celui-ci, il s’agit surtout d’une « Sarko défaite » qui se produit juste avant les élections présidentielles de 2012.


Le 25 mars, je devais passer rue Saint-Lazare, à la MGEN : le soleil tapait, tout le monde semblait en vacances.

Aller en métro, retour en bus : je remarquai notamment un restaurant libanais et me demandai si ce pays, plus que voisin de la Syrie, allait lui aussi entrer dans la ronde des « révolutions arabes ».

Mais ici, dans ce quartier,  je n’avais repéré que deux églises tout à fait orthodoxes. Apparemment, les minarets ne menaçaient pas encore à tous les coins de rue, comme la majorité des Suisses en prit ombrage, l’azur de leurs têtes chercheuses.

(photos : cliquer pour agrandir.)


OK, c’est facile de détourner une image, mais là, c’était trop tentant et je n’ai pas trouvé le créneau pour la publier plus tôt, elle date déjà du 24 mars.

(Lemonde.fr du 24 mars. Le tag a été rajouté. Cliquer pour agrandir.)

Il faut d’ailleurs se demander si le choix de cette photo par lemonde.fr (non signée, comme cela arrive de plus en plus fréquemment dans ce média) a été fait pour accentuer l’aspect « sérieux » d’une telle déclaration ferme, définitive et frôlant la lapalissade – voire la palissade tout court – ou s’il s’agissait simplement de montrer jusqu’à quel point le pince-sans-rire François Hollande est partisan d’un changement de régime.

Finalement, on regrette quand même la bouille ronde et souriante de l’ex-Premier secrétaire du Parti socialiste : la politique exige-t-elle une pareille ascèse ? Même DSK surveille son poids, pas seulement dans les sondages, tout en repassant à la vapeur d’eau ses costumes dans sa salle de bains américaine.

Le coup de fourchette serait-il l’antidote du succès politique ? Nicolas Sarkozy est fou du chocolat, d’autres diraient qu’il nage dans le cacao. Il ne faudrait pourtant pas que ses opposants déclarés, à cause de cures amaigrissantes plus ou moins contrôlées, en deviennent quasi transparents. La théorie des spectres serait alors en marche…

(Photo : hier, rue Amelot, Paris, 11e. Cliquer pour agrandir.)


Des types courent avec des drapeaux dans lesquels il y a du rouge, du vert, du noir : la place de la République, à Paris, est vaste. Deux groupes s’affrontent soudain, les pro et les anti-Kadhafi.

Un flic en civil et à brassard, talkie-walkie à la main, essaie de s’interposer. Je filme en vitesse, sans même regarder l’écran de l’appareil photo, je dois prendre le métro à 17 heures 15.

Et j’ignore si des Rafale, sous commandement de l’OTAN, ont ensuite survolé et finalement dispersé la manifestation.

"Jackal, we sniff after the survivors of caravans.

We reap bloody crops on war fields.

No meat of any corpse deprives our lean bellies.

Hunger drives us on scented winds.

Stranger, traveler,

peer into our eyes & translate

the horrible barking of ancient dogs."

****

"Chacal, nous reniflons les survivants des caravanes.

Nous recueillons les récoltes sanglantes des champs de bataille.

Nos ventres creux ne sont privés d’aucune viande, d’aucun cadavre.

La faim nous conduit sur des vents parfumés.

Etranger, voyageur

regarde-nous dans les yeux et traduis

l’horrible aboiement des chiens antiques."

Jim Morrison, Seigneur et nouvelles créatures, Christian Bourgois éditeur, 1976 (10 x 18 n° 1219, traduction Yves Buin et Richelle Dassin, pages 218-219).


(Photo : passage St Pierre Amelot, Paris, 11e, hier, 9h.47. Cliquer pour agrandir.)

Faut-il marcher sans cesse la tête levée vers le ciel ? Nuage, panache, masses d’air… seuls les avions de ligne laissent pour l’instant des traces.

(Photo : cliquer pour agrandir.)

Hier, comme un air de printemps à Paris. Les chamailleries au sein de l’UMP sur « le front républicain » à opposer au FN, dans la perspective du second tour des cantonales dimanche prochain, font sourire. Les urnes elles-mêmes se gondolent.

(Photos : cliquer pour agrandir.)


Tourelles des chars coupées net

par une tronçonneuse géante

plateformes marron défoncées

les canons béent bêtement

camions militaires écrabouillés

colonnes démantelées dans leur progression de scarabées

cadavres avec une couverture sur la figure

mais les insurgés ont payé le prix fort

il y a du sang dans le sable libyen

ici les camarades prient auprès des carrés de pierre

tombeau pour deux mille soldats

têtes nues

la chair humaine rouge sort de la boucherie éventrée

mitrailleuses 12.7 installées sur des pick-up Toyota

contre des blindés et leurs affûts de 155

الجماهيريةالعربية الليبية الشعبية الإشتراكية العظمى

champ de manœuvres en vraie grandeur

déconseillé aux voyageurs

la nuit tombe comme les Tomakawk en pluie

tracés de DCA pointillés blancs sur le noir total

stacatto nocturne au rythme démantibulé

le pilote français descend de son appareil

six heures de vol (reconnaissance) et puis Saint-Dizier maison

videogame enfin réel

le grand chef Sarkozy

est aux manettes

tout à l’heure à la base de Solenzara

il a même prévu d’envoyer des Rafale

pour bloquer aux frontières l’arrivée mercredi ou jeudi

d’un nuage étranger

mais totalement inoffensif disent-ils


Benoît Dehort