Archives de 5 avril 2011

Evidemment, il y a la foule qui serpente au rez-de-chaussée puis dans la mezzanine (la séance démarre à 21 heures, hier soir,  durant la rétrospective intégrale jusqu’au 18 avril), c’est la première rediffusion de 2001 : A Space Odyssey, de Stanley Kubrick, 1968.

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Dès que l’on a trouvé deux places dans le lieu de projection toujours immense et confortable, le petit carré blanc de l’écran effectue un zoom au ralenti jusqu’à prendre toute la dimension – il fallait au moins cela – de la salle elle-même.

L’exposition dévolue à Stanley Kubrick attire aussi autant de phalènes mais de jour.

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L’écran est à la taille de l’œuvre, le son frappe alors de ses notes et harmonies puissantes et toujours nouvelles, le martèlement est introduction au fracas durant les luttes des singes et l’éclatement des crânes, avant le raccord tellement fluide de l’envol de l’os amenant le lent déplacement du vaisseau spatial dans le silence profondément musical.

Ainsi, 2001 demeure un film extraordinaire qui ressemble lui-même à un monolithe étrange, mystérieux, unique dans le cinéma. Il faut le revoir dans la grande salle de la Cinémathèque de Paris (un écran pour DVD ressemble à un minuscule caillou lunaire). Stanley Kubrick a sans doute réalisé là son « grand œuvre » : philosophique, métaphysique, symphonique, cybernétique, poétique, cassant les codes de la science-fiction ou du fantastique, avec un art du « suspense » que les espaces infinis, sans effrayer, exigent.

Parmi les treize films que réalisa le cinéaste, 2001 est sans conteste à marquer d’une pierre noire.

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Je recopie rapidement ces quelques lignes du livre indispensable de l’éminent Michel Chion (Stanley Kubrick, L’humain ni plus ni moins, Cahiers du cinéma, 2005, page 275) :

« Ce qu’il y a de plus terrifiant, avec l’univers, dit Kubrick, ce n’est pas qu’il soit hostile, c’est qu’il soit indifférent. »

Kubrick s’est mesuré à l’indifférence effrayante de cette grande chambre qu’est le vide interstellaire, et il en a donné une traduction impressionnante (le scaphandre de Poole abandonné dans l’espace jusqu’à n’être plus qu’un point qui disparaît dans le noir absolu), mais il essaie d’aller au-delà de cette terreur, et de parier sur la vie.

2001 pourrait être compris comme un film spiritualiste, mais c’est en en forçant un peu le sens : le film ne conclut pas. Les extra-terrestres ne nouent pas de contact, n’ont pas de message pacifiste, ne disent rien, ne renvoient pas Bowman, muté ou non, avec un message, se résumât-il en un mot aussi simple que celui d’amour (c’est ce en quoi 2010, la suite tournée par Peter Hyams, malgré ses qualités, banalisera et limitera le message du film de Kubrick).

Et cependant, le « Star child », le « fœtus astral » est une promesse qui refleurit.

De quoi parle 2001 ? De ce dont il semble bien parler : de la vie, du destin de l’espèce, de l’être humain tel qu’il s’éprouve, devant le mystère de son existence, et la conscience de sa place de plus en plus petite dans l’univers.

Tout bêtement, 2001 nous émerveille car il expose et chante, à la face des étoiles, le mystère de notre vie d’humains. »

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