Lénine et Staline en portée à la Cité de la Musique

Publié: 6 novembre 2010 dans Expositions
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Soleil pâle, hier, sur le parc de la Villette, atmosphère de printemps ; la couleur des poutres métalliques de l’entrée de la Cité de la Musique semble avoir été calculée pour l’harmonie avec l’affiche de l’expo Lénine, Staline et la musique (du 12 octobre 2010 au 16 janvier 2011).

(Prokovief : Dance of the Knights.)

(Photo : cliquer pour agrandir.)

Mercredi dernier, Télérama a publié un article sur le sujet (« Les lendemains qui déchantent », par Xavier Lacavalerie, page 24) et qui réussit l’exploit de ne pas dire un seul mot de la scénographie mise en jeu => raison de plus d’aller voir sur place et d’y retrouver D. par la même occasion.

La manifestation ne semble pas attirer les masses (populaires), on pourra tout voir et entendre de près.

(Photo : cliquer pour agrandir.)

Ce que j’aime alors, une fois entré dans le dispositif  :

–      le rouge allié au noir (la liberté naissante avant la chape du Goulag) ;

(J’avais oublié mon calepin, pour prendre des notes, dans mon sac laissé au vestiaire. Photos : cliquer pour agrandir.)

–      les tableaux révolutionnaires puis peu à peu aplatis par le « réalisme socialiste » à la Jdanov ;

–      les affiches de propagande, dans leur force d’impact ;

–      le tapis qui nous mène jusqu’au « Petit père des peuples », avant que l’on passe à l’étage au-dessus ;

(Photos : cliquer pour agrandir.)

–      l’audio-guide (pourtant délaissé habituellement) qui permet d’entendre les nombreux extraits de concerts, opéras, films diffusés ici et là ;

–      Meyerhold (fusillé le 2 février 1940 pour « trotskysme et espionnage »), Eisenstein, Prokofiev (qui composa d’ailleurs la musique d’Alexandre Nevski et d’Ivan le terrible), Maïakowski : « Les murs sont nos pinceaux, les places sont nos palettes », Rodtchenko, Chagall… ;

–    le Proletkult qui prônait un art indépendant ;

–      les obsèques filmées de Lénine et de Staline (Prokofiev meurt, lui aussi, le 5 mars 1953), avec quasiment les mêmes foules et les visages en larmes essuyés par des mouchoirs ;

–      les documents (partitions musicales, manuscrits), les costumes et maquettes de théâtre, les sculptures, les images, les sons ;

–      le Theremin, instrument électronique avec deux modèles, dont l’américain en forme de meuble commercialisé par RCA en 1929, et la possibilité de créer soi-même, ici, des mélodies avec le boîtier aux deux antennes (Moog) ;

(Photo : cliquer pour jouer.)

–      la petite salle aux miroirs biseautés, vers la sortie, avec ses photos en noir et blanc rétro-éclairées, cette femme emprisonnée, cadrage anthropométrique, face, profil ;

–      les angles morts ou vivants du parcours historique, métaphorique, artistique : et les œuvres qui ont survécu à leurs auteurs et à ceux qui auraient voulu les tuer dans l’œuf.

(Photo : cliquer pour agrandir. Je crois que c’est Prokofiev au premier plan.)

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commentaires
  1. brigetoun dit :

    oh grand merci pour le reportage – je ne savais même pas qu’elle existait cette exposition (signaler, et pas uniquement pour ça, aux journalistes qu’il y a un endroit assez fabuleux qu’on appelle la Cité de la Musique ?) – dommage si je viens à Paris et avec des jambes en état je n’aurais pas le temps – grâce à vous un petit parfum..

    • Outre cet article ultra-généraliste de Télérama, je pense qu’il y en a eu d’autres dans la presse, mais je n’ai pas voulu les lire ou relire car après on peut se dire : à quoi ça sert ?

      Même si c’est uniquement le plaisir de faire partager… son plaisir à quelques lecteurs !

  2. patrick verroust dit :

    Les artistes russes , révélateurs du peuple russe, de l’âme russe ont su détourner , malgré l’oppression politique, la censure, les souffrances subies pendant les guerres , les œuvres de propagande pour produire des témoignages qui interpellent l’humanité entière. Je prendrai comme exemple deux cinéastes, Tarkovski , dans « l’enfance d’Ivan », Klimov, dans « va et regarde » ne dénoncent pas seulement les atrocités de la soldatesque allemande mais la guerre avec son cortége d’horreurs, son inéluctable et effroyable déchainement de bestialité. Qu’ils furent cinéastes, peintres, musiciens, malgré l’enfermement imposés, le contrôle de la production culturelle, les artistes soviétiques, russes ont su irriguer la culture universelle par leurs capacités visionnaires qui n’oublient , jamais, les valeurs, fondamentales, universelles.

  3. Nomade dit :

    Magnifique ce Theremin dont je ne soupçonnais pas l’existence. Pour le reste, on dira ou pensera ce que l’on voudra, l’art et l’expression de l’art des débuts de l’époque bolchevique c’était du carré, du colorié, du solide. L’élan « patriotique » l’emportait encore avec brillance et justesse sur la propagande et le bourrage de crâne. Il en reste quelques chefs-d’oeuvre et pas mal de musique.

    • @ Nomade : la création a été étouffée dans les années trente : résolution du 23 avril 1932 « Sur la restructuration des organisations littéraires et artistiques » avec la création de l’Union des écrivains et de l’Union des compositeurs — et chasse au « formalisme » dont, parmi tant d’autres, faisaient preuve Chostakovitch, Prokofiev…

  4. Désormière dit :

    Merci mille fois pour cette info (qui m’avait échappée – beaucoup de choses m’échappent). En échange : Honfleur n’est pas loin, du 24 au 28 novembre, se déroule le festival du cinéma russe. En général, la programmation est intéressante et certains films sont surprenants. On peut évidemment parfois y décrypter une vieille nostalgie mais aussi une énergie et un humour qui changent des films dont le scénario nous rappelle un autre scénario qui nous rappelle un autre film…

  5. @ Désormière : oui, ce cinéma « hexagonal » avec histoires sempiternelles de couples où on fleure la redite, la copie (en VF) et la paraphrase, sans invention aucune de langage propre au média utilisé.

    Les cinéaste russes n’ont pas, généralement, cette optique à courte vue.

  6. sylvaine vaucher dit :

    Oeuvres Interdites bien souvent et pour le cinéma et la musique ce partage.

    Bien à toi.

  7. @ sylvaine : merci, ça complète !

  8. Décidément on reste dans le totalitaire !
    Excellente mémoire, malgré le calepin caché dans l’ombre.
    Je gagerais que l’affiche de l’expo est un fait exprès, la Cité est vide de personnel en ce moment. Heureusement que tu fais ici de la réclame.
    (Venant de la campagne, je ferai, à ma prochaine visite parisienne, comme des stations.)

  9. Tiens, y’a pas Mossolov…?

  10. Zoë dit :

    Le fond de l’air est rouge, chez DH. C’est une constante que les périodes de révolution produisent des artistes libérés donc inventifs et qui sont ceux qui résistent ensuite à la glaciation, en payant souvent très cher. Merci pour ce reportage.

  11. @ Zoë : merci pour l’allusion à ce beau film.

    @ Tenancier : non, on compte les absents (et on les punit) ! Mais Mossolov a laissé des traces…

    @ Dominique Autrou : je réclame ton indulgence…

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