Que « My Joy » demeure

Publié: 1 décembre 2010 dans Cinéma
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Comme une trace indélébile dans la mémoire – une grande oeuvre s’imprime toujours sur notre plaque sensible – My Joy, de Sergueï Loznitsa, cinéaste d’origine géorgienne vivant en Allemagne, demeure, après sa vision il y a une dizaine de jours.

Parler de « road movie » serait ici une image facile : l’émotion rôde mais avec la force d’un coup de bûche derrière la tête, les souvenirs se bousculent dans le désordre, l’amnésie lance des éclairs mortels, la neige ensevelit le présent dans sa résurgence post-stalinienne. Le goulag intérieur n’est pas éradiqué.

Sergueï Loznitsa, scientifique passé au documentaire en Russie, a imaginé un scénario à la Dostoïevski avec une sorte d’« idiot » balloté par les événements, révélateur de la décomposition de la société (mensonges, corruption, misère…) sur laquelle le soleil timide de l’hiver se cache par peur de recevoir des pierres.

(Capture d’écran de la bande-annonce de My Joy. Cliquer pour agrandir.)

Pourquoi ce film (sous-titré « Mon Bonheur » en français) marque, frappe, saisit de froid et d’effroi ? Sans doute parce qu’il est comme une coupe implacable, grâce à la fiction de l’errance du personnage principal, dans un monde brutal, dénué de tout espoir ; car rien n’a changé, depuis ce portrait de Staline accroché dans un poste militaire au contrôle policier installé au bord de la route, quand l’amitié ressemble seulement à une mélodie nostalgique et que l’amour ne vaut pas un kopek.

Alors, Sergueï Loznitsa se fixe aux plans immobiles (ceux qui laissent passer le mouvement), et quelques travellings (depuis le camion puis à bord de la carriole) viennent comme en contrepoint, à la manière d’une cantate de Bach, nous entraîner violemment vers un itinéraire hasardeux : le ciel reste gris et désespérément vide jusqu’à ce que le fondu au noir se fasse dans l’esprit.

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commentaires
  1. PdB dit :

    Le désespoir s’empare aussi de nous lorsque des préfets de la République se montrent plus enclins que le gouvernement lui-même à stigmatiser les sans papiers en leur interdisant les aides que l’Etat a le devoir, en notre nom à tous, de leur apporter (cela s’appelle l’humanité, sinon l’exemple : nous vivons dans l’un des pays les plus riches du monde) : non, les représentants de cet Etat (certes, nous ne les élisons pas) poussent le bouchon plus loin encore que pour (contre) les Roms, décident de laisser mourir dans la rue des humains semblables à eux-mêmes, parce qu’ils ne sont pas dignes, selon eux, de recevoir notre aide. Révoltant. (pas vu ce film, Chasse-Clou, mais la problématique me semble la même : on remplace la photo de Staline par celle du court sur pattes et on en arrive à la même description ? je le crains…)

  2. @ PdB : un film réalisé par quelqu’un qui considère le cinéma comme un art global, avec une vision politique, et non le simple substitut d’un romanesque plan-plan (si j’ose dire) illustré par des images parlantes, spécialité de la plupart des films français actuels.

    Au fait, en dehors du froid, il y a aussi le Taser qui est mortifère (qu’en pense le « pro-américain » ?).

  3. gballand dit :

    Vous me donnez envie d’aller le voir, ça me changera de « potiche », que j’ai trouvé bien terne.

  4. Dom A. dit :

    Il y a une blonde qui se fait fouiller le coffre.
    Mais apparemment ce n’est pas dans ce film qu’on entendra: « Un baiser, s’il-vous-plaît ».

  5. @ Dom A. : c’est peut-être dans « Les amours d’une blonde », de Milos Forman ?

    @ gballand : on fait du vieux avec Deneuve…

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