Frédéric Mitterrand, d’un manège l’autre

Publié: 24 janvier 2011 dans Livres
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Il veille au grain : après avoir interdit la célébration nationale de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline, à laquelle il avait pourtant précédemment donné son aval, Frédéric Mitterrand vient d’exprimer « ses regrets » d’avoir pu offenser « des gens » faisant partie du peuple tunisien. En proie à une véritable « tourista » intellectuelle, le ministre de la Culture (ou « de la censure » selon Philippe Sollers) tourne de plus en plus vite sur le manège exotique des renoncements en cascade.

Mais pouvait-on attendre autre chose de la part de celui qui, pour un plat de lentilles honorifiques, ne s’est jamais déclaré gêné, une fois harponné par Nicolas Sarkozy, de devoir cohabiter, dans deux gouvernements successifs, avec un ministre de l’Intérieur (et autres attributions) qui s’appelle Brice Hortefeux ?

Aux dernières nouvelles, tous les Français en possession, même par inadvertance, de livres de Louis-Ferdinand Céline sont priés – sous peine de prison ferme – de venir les déposer, dès ce matin, au commissariat de police le plus proche de leur domicile.

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« Comme nous passions devant la baraque du photographe, il nous a repérés l’artiste, hésitants. On n’y tenait pas à y passer nous, à sa photo, sauf Sophie peut-être. Mais nous voici exposés à son appareil quand même à force d’hésiter devant sa porte. Nous nous soumettons à son commandement traînard, là, sur la passerelle en carton qu’il avait dû construire lui-même, d’un supposé navire « La Belle France ». C’était écrit sur les fausses ceintures de sauvetage. Nous restâmes ainsi un bon moment les yeux droits devant nous à défier l’avenir. D’autres clients attendaient impatients qu’on en descende de la passerelle et déjà ils se vengeaient d’attendre en nous trouvant moches, et ils nous le disaient en plus et tout haut.

Ils profitaient qu’on ne pouvait pas bouger. Mais Madelon, elle, avait pas peur, elle les engueula en retour avec tout l’accent du Midi. Ça s’entendait bien. C’était tassé comme réponse.

Magnésium. On tique tous. Une photo chacun. On est plus laids qu’avant. Il pleut à travers la toile. On a les pieds vaincus par en dessous, par la fatigue bien gelés. Le vent nous a découvert pendant qu’on posait, des trous partout, même que le pardessus finit par en exister à peine.

Faut recommencer à déambuler à travers les baraques. J’osais pas proposer de rentrer à Vigny. C’était trop tôt. L’orgue à sentiments du manège profite de ce qu’on la grelottait déjà pour vous faire trembloter encore un peu plus par les nerfs. C’est la faillite du monde entier dont il rigole, l’instrument. Il en hurle à la déroute parmi ses mirlitons argentés, l’air va crever dans la nuit d’à côté, à travers les rues pisseuses qui descendent des Buttes.

Les petites bonnes de Bretagne toussent bien davantage que l’hiver dernier c’est vrai, quand elles arrivaient seulement à Paris. C’est leurs cuisses marbrées vert et bleu qui ornent, comme elles peuvent, les harnais des chevaux de bois. Les gars d’Auvergne qui payent les tours pour elles, prudents titulaires aux Postes, ne les fricotent qu’en capotes, c’est connu. Ils ne tiennent pas à l’attraper deux fois. Elle se tortillent les bonnes en attendant l’amour dans le fracas salement mélodieux du manège. Un peu mal au cœur elles en ont, mais elles posent quand même par six degrés de froid, parce que c’est le moment suprême, le moment d’essayer sa jeunesse sur l’amant définitif qui est peut-être là, conquis déjà, blotti parmi les couillons de cette foule transie. Il n’ose pas encore l’Amour… Tout arrive comme au cinéma pourtant et le bonheur avec.  Qu’il vous adore un seul soir et jamais ne vous quittera plus, ce fils de propriétaire… Ça s’est vu, ça suffit. D’ailleurs il est bien, d’ailleurs il est beau, d’ailleurs il est riche.

Dans le kiosque à côté près du métro, la marchande, elle, s’en fout de l’avenir, elle se gratte sa vieille conjonctivite et se la purule lentement avec les ongles. C’est bien du plaisir, obscur et pour rien. Voilà six ans que ça lui dure cet œil et que ça la démange de mieux en mieux.

Les promeneurs en tas, groupés par la crève froide, se pressurent à se fondre autour de la loterie. Sans y parvenir. Brasero de derrières. Ils trottent vite alors et bondissent pour se réchauffer au nœud de foule que font les gens d’en face, devant le veau à deux têtes.

Protégé par la vespasienne, un petit jeune homme que le chômage guette fait son prix pour un couple de province que l’émotion fait rougir. Le cogne des mœurs a bien compris la combine, mais il s’en fout, son rancart à lui pour le moment c’est la sortie du café Miseux. Y a une semaine qu’il le guette le café Miseux. Ça ne peut se passer qu’au tabac ou dans l’arrière-boutique du libraire cochon d’à côté. En tout cas y a longtemps que c’est signalé.  L’un des deux procure, à ce qu’on raconte, des mineures qui ont l’air de vendre des fleurs. Encore des lettres anonymes. Le « Marron » du coin « en croque » aussi lui, pour son compte. Bien forcé d’ailleurs. Tout ce qui est sur le trottoir appartient à la Police. »

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit (Le Livre de poche, 1962, n° 147-148, pages 476-477).

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commentaires
  1. brigetoun dit :

    l’idiotie était d’avoir laissé mettre Céline sur une liste qui glorifie, si j’ai bien compris, non pas des écrivains mais des hommes (est-on certain d’ailleurs qu’il aurait apprécié ?) –
    l’idiotie est d’avoir pour ministre de la Culture un ex homme à la mode qui depuis longtemps ne semble plus avoir de colonne vertébrale
    Merci pour le plaisir de cette citation

  2. @ brigetoun : la « récupération » s’est transformée en boomerang et le ministre en un genre d’australopithèque.

  3. JEA dit :

    La pince à linge…
    Pour la ligne Siegfried ?

  4. @ JEA : une interprétation possible…

  5. M dit :

    Magistrale démonstration par la citation!

  6. PdB dit :

    le neveu est à la culture ce que mam est à la diplomatie (et nano1© à l’élégance et l’intelligence) : quand est-ce qu’on campe devant la place où vit brice la police™ pour un bon coup de balai ? pfff.

  7. Dom A. dit :

    Ou pour se boucher le nez ?
    Il est dommage qu’on n’ait pas le temps de le remplacer par Henri Vincenot, un gars de la terre. Ou Jakez-Helias, enfin bref.

  8. freddy dit :

    Un écrivain antisémite, Céline, ne sera pas célébré -il s’agit de célébrations pour valeurs morales :seraient-elles incarnées par Céliine ???????
    Et cet écrivain est-il interdit, introuvable?

  9. @ PdB : la place Bauveau n’a jamais si bien porté son nom.

    @ M : les mots travaillent tout seuls.

  10. @ freddy : vous avez accès à l’intégralité des quatre pamphlets antisémites de Céline, vous ? Quant à l’auteur de « Voyage au bout de la nuit », « Mort à crédit », etc., il est ici enveloppé dans l’opprobre ministériel qui nous donne en quelque sorte des « conseils » de non-lecture.

    J’ajoute, pour éclairer votre lanterne à lueur « morale », ceci lu dans (Le Figaro du 21 janvier) : « Pour Frédéric Vitoux, de l’Académie française et biographe de Céline, «retirer le nom d’un catalogue, c’est aussi vain que Staline faisant effacer les photos des dirigeants communistes qu’il n’aimait pas. Ça n’empêchera pas que Céline a écrit des horreurs et qu’il est l’un des plus grands écrivains français. Nier que Céline est traduit dans le monde entier et même en hébreu, c’est ridicule. Faut-il retirer la traduction en hébreu de Voyage au bout de la nuit ?» Et d’enfoncer le clou : «Je serais Serge Klarsfeld, je voudrais, au contraire, qu’on multiplie les études sur Céline pour comprendre comment il a pu écrire Bagatelle pour un massacre.»

  11. Désormière dit :

    « … Ce qu’il faut c’est décourager le monde qu’il s’occupe de vous… le reste c’est du vice. »
    Mort à crédit, Louis-Ferdinand Céline.

    Eh bien, on vient de trouver le moyen de s’occuper de Céline. Ceux qui l’ont lu et ne jugent que l’homme ne rendent pas hommage à la littérature, mais qui s’en inquiète ? A ce train, la censure a du travail devant elle. A-t-elle commencé à faire la liste des professeurs de littérature qui ont mis le nom de Céline dans leurs bibliographies depuis des décennies ?

  12. @ Désormière : un fichier spécifique pourrait être mis sur pied, en annexe de la loi Hadopi, par le ministre chargé de traquer tout ce qui est hors normes (attention au miroir !).

    Même dans un ancien Lagarde & Michard du XXe siècle, je vois à l’instant qu’une page et demie était consacrée à Céline. Encore des irresponsables. Il va falloir faire beaucoup d’autodafés.

  13. Le Tenancier dit :

    Je me demande alors pourquoi s’il est si scandaleux de retirer un individu – qui s’est même fait virer de chez Otto Abetz tant il était pathologique – nous ne devrions pas réintégrer de gens nettement plus « fréquentables », non ?
    Moi, je propose Jean Drault que le même Céline copia sans vergogne dans quelques épisodes du « Brigadier Chapuzot », auteur d’une Histoire de l’antisémitisme, semble-t-il et qui eut au moins l’avantage de ne point jouer les innocents à la libération. Car le fait semblait rare. Tout à coup, plus personne n’avait fait le voyage en Allemagne (sauf les déportés, mais c’était plutôt la Pologne et ils n’étaient pas tous écrivains). Ou alors – à propos – on devrait faire une rue Brasillach, aussi. Talentueux, Brasillach, normalien, Brasillach. Bon, certes, quelques mots malheureux dans « Je suis partout », mais baste, l’époque était différente, savez-vous. Et c’était un vrai patriote. Il en fallait, face à tous ces communistes, non ? Brasillach ? Typographie au plomb, comme il se doit.
    Tous ces gens-là ont bien du talent. Heureusement, c’est rédempteur. Un salaud qui écrit bien, ça sauve. La culture avant tout. La culture est innocente. Ach, la kultur, c’est ça qui rassemble, au dessus des clivages, des peuples !
    Et puis tous ces gens-là ont payé, n’est-ce pas, l’Épuration a été sévère, confinés à domicile au milieu des balles perdues tandis que les éditeurs continuaient leurs petites affaires avec les stocks de papier constitués pendant l’Occupation. Pas les cuisses propres, la maison Denoël, avec Robert qui s’est fait dessouder en pleine rue, mais il ne faut pas désespérer l’actionnaire (citation pour citation, mon cher Dominique, relisez-donc « La Gangrène », de Vercors, dans le recueil « Le sable du temps ») ! Mais il fallait continuer de publier l’Auteur qui n’a pas été trop contrarié, question tirage. Quelle malédiction.
    Alors, Céline, pourquoi pas ? Un mélange de Drault et de Léon Bloy, deux pour le prix d’un. L’indignité nationale est une notion toute relative et est sujette à prescription, désormais. Après tout nous vivons des temps où l’on se fait des petits arrangements entre amis et avec l’Histoire. Alors Céline, avec sa mauvaise haleine…
    C’est vrai, scandaleux, grand écrivain, pas si antisémite puisque fou, hein, et puis ça ne retire rien à son talent, hein, et puis médecin des pauvres et puis n’aimait pas Pétain, aussi (Alphonse de Chateaubriant non plus qui préférait Adolphe), et puis c’était il y a longtemps tellement longtemps, ça ne pourrait plus arriver, tout ça…

    • Pourquoi Alphonse de Chateaubriant n’est-t-il pas publié en édition de poche ? Il y a très longtemps j’ai lu Monsieur des Lourdines et la Brière. On y parle du terroir, de la France d’en bas, bien ancrée dans sa ruralité. ça se laisse lire.

  14. Le Tenancier dit :

    Ah, et puis vous vous trompez du tout au tout au sujet de Frédo. C’est un admirateur de Céline comme vous.
    Et pas comme moi (ça doit se voir, non ?)

  15. freddy dit :

    Dominique
    les propos antisémites de C sont sur internet ces temps-ci
    il y a une différence entre « commémorer » et « célébrer » comme a dit je ne sais plus qui
    Je suis d’accord avec le Tenancier
    surtout qu’avec la-fille-de qui s’y croit déjà et le terrain de flatterie des bas instincts (comme s’iil y avait besoin de ça!!) préparé par la bande actuelle c’est plus qu’angoissant
    Les 53% ne sont pas tous de fins lettrés universitaires

  16. @ Le Tenancier : en tant que libraire, vous n’avez donc jamais dû vendre un seul livre de Céline (ni de Dominique de Roux, au hasard).

    C’est bien. Gardez-vous à droite. « La bête immonde… », etc.

    Quant à Brasillach, son sort a été réglé plus promptement que celui de Céline. Vous avez lu la « Lettre aux directeurs de la Résistance » écrite en 1951 par Jean Paulhan (Jean-Jacques Pauvert, 1968, Libertés n° 11) ? Mais vous ne vendiez peut-être pas non plus ce genre d’ouvrage.

    Enfin, si « Frédo » admire Céline (comme Henri Godard qui l’a édité dans la Pléiade, un innommable scandale !), il est vraiment maso, ce qui ne saurait surprendre d’ailleurs.

    P.S. : vous aimez Philippe Sollers ? Si oui, il faut également le bannir de vos rayons.

  17. @ freddy (amusant, votre pseudo) : sil les propos antisémites de Céline sont sur Internet, ils tombent sous le coup de la loi. Nul doute que Frédéric Mitterrand y mette rapidement bon ordre.

    Qui parle de « commémorer » ? Il s’agissait de la « célébration nationale » de 500 écrivains français. Il n’y en a plus que 499, quel est le problème ? Céline s’en passe fort bien, à mon avis.

    Concernant la fille Le Pen dont vous n’osez pas prononcer le nom, qui fait de la pub pour l’antisémitisme en ce moment et ramène ces histoires à la surface juste au bon moment ?

  18. freddy dit :

    Dominique
    justement ce n’est peut-être pas la peine d’en rajouter
    (je change de peudo très souvent, celuil-là comme les autres par hasard , rien à voir avec le neveu courtisan)

  19. @ freddy : ce serait moi qui en rajouterait ? Vous êtes trop rigolo. « Fredo » a nettement plus d’audience méritée et de componction encaustiquée.

  20. Le Tenancier dit :

    Dominique, j’ai en stock des machins immondes. J’ai foutu en l’air des écrits révisionnistes et j’ai des brochures de propagande qui datent de l’Occupation. Jamais cela sera mis en vente librement par moi. Les brochures seront éventuellement cédées à des universitaires. Et encore. Je me suis fait également un plaisir de compisser certaines productions contemporaines trouvées ici et là dans des lots.
    Je vends du Céline (pour l’instant je n’ai que des Cahiers de l’Herne et je n’ai trace qu’un de ses livres dans les « vendus », mais c’est le hasard) et je ne m’en excuse pas. Je suis obligé de supposer que mes quelques clients (ces auteurs n’étant pas ce qui constitue l’essentiel de mon fonds) ont conscience que celui-ci était un collaborateur notoire et qui encouru l’indignité nationale. Je n’ai jamais mis en vente, personnellement, ses pamphlets, parce que cela ne m’intéresse pas de faire de l’argent avec ça. Chacun sa notion de la pornographie. Je puis très bien supporter de vendre des auteurs qui professent une tout autre opinion que la mienne. Et c’est fort heureux car cela fait partie de l’éthique de ma profession. La mémoire en est un autre aspect, elle veut, du reste, ne pas abdiquer devant le profit. De Roux ne m’a jamais posé problème, pas plus que le Céline que l’on veut à tout prix nous faire passer pour un « maudit ».
    Ce qui est risible.
    Ce qui me dérange ici, ce sont les absences de mémoire dès qu’il s’agit d’évoquer la pertinence de manifestations envers un collaborationniste. Chaque fois, on nous refait le coup du génie incompris, on lui trouve des excuses. Eh bien non. Céline était une immonde salope dont les écrit peuvent certes fasciner nombre de lecteurs, mais une belle ordure, c’est tout. Et on se demande pourquoi on devrait tout à coup s’incliner au prétexte qu’il « écrit » bien.
    Le lire ne nous contaminera pas. Mais croire que son talent puisse atténuer les remugles de sa pensée – copieusement relayés par des thuriféraires qui s’empressent de mettre le sceau de l’anodin et de l’anecdotique à ses pamphlets tout en criant à la « censure » sur le fait qu’ils ne soit pas republiés (je rigole, quiconque veut les avoirs fait un tour sur les quais ou fait sa commande à une officine brunâtre) – serait dérisoire si l’enjeu n’était toujours aussi vivace.
    Brasillach, oui, je suis au courant, Dominique, « la typographie au plomb », vous savez ? Moi ça me fait toujours rire. On a l’humour qu’on peut.
    Je tiens mes clients pour adultes, Dominique et ne me prive pas de vendre les livres de ces gens lorsque j’en ai, bien que je ne les recherche pas forcément. Je répète, je suppose mess clients adultes et intelligents, responsables, en un mot. J’ai également lu ces auteurs et bien plus encore. Et bien pire. Seulement, je ne me sens pas l’irrépressible envie de m’insurger lorsque l’on se prive d’une cérémonie, de champagne et de sucrerie à leur mémoire.
    Je pense alors à Robert Desnos, à Max Jacob et à bien d’autres et je célèbre quant à moi les livres irrémédiablement perdu qu’aucune officine ne pourra me procurer.

  21. ap dit :

    merci pour votre réaction à la bêtise.

  22. @ Le Tenancier : puisque nous sommes adultes, comme vos clients, gardons nos propres opinions farouches à quatre feuilles.

  23. PdB dit :

    En même temps, que fredo se serve de céline (écrire simplement ce pseudonyme me révulse, voyez) comme d’un cache-sexe, ça n’a rien de tellement compromettant, ni de tellement étonnant de sa part, ou de la part de ce gouvernement qui se permet de s’approprier Guy Môquet (c’est le même mouvement ignoble, écoeurant et fétide) : que céline ait été une ordure ne fait aucun doute – ni pour moi, ni pour le Tenancier, ni pour vous, Irréductible, c’est d’une évidence lumineuse. Mais je suis un peu comme Vladimir Jankélévitch, il y a des choses que je ne peux pas pardonner. Alors voilà, tout ce qui est sous la première image de cette couverture, et de la pince à linge (en effet, pour se pincer le nez) je ne l’ai tout simplement pas lu. Et je ne lirai pas ce qu’a écrit cet ignoble écrivain. Et qu’il soit maudit, où qu’il puisse se trouver.
    En souvenir de mon grand père et des siens, de tous les siens.

  24. Otto Naumme dit :

    (je ne sais ce qu’il se passe, je ne vois pas mon commentaire apparaître. Je me permets donc de le réitérer. S’il y avait doublon, merci de m’en excuser et de supprimer ce duplicata devenu inutile…)

    Cher Tenancier, j’abonde dans votre sens.
    Mais cette manie d’oublier sous prétexte de « ah quel écrivain », n’est-elle pas, d’une certaine manière, à mettre en parallèle avec cet « oubli » qui gagne grand nombre de personnes dès qu’un nom quelque peu connu vient à disparaître ?
    Certes, il ne s’agit pas là de littérature, mais je me souviens des éloges funèbres prononcés à la mort de Georges Frêches. Comme si, en mourrant, ses crapuleries, ses paroles ordurières, sa vulgarité s’étaient effacées pour ne plus laisser subsister que « l’homme politique », « celui qui a tant fait pour Montpellier et la région », « un homme de caractère »…
    L’Homme a une mémoire sélective. Associée, souvent, à ses propres peurs et lâchetés.

  25. @ Otto Naume : toute l’oeuvre de Céline, en fonction de sa conduite durant la seconde guerre mondiale, est-elle frappée alors d’inanité et devrait-elle disparaître des librairies, des lycées, des bibliothèques, de la Pléiade, de la télévision, de la radio, d’Internet… ?

    Qui a désiré « oublier » ici ? N’est-ce pas plutôt l’initiative d’un F.M., et la préface et son accord donnés à ce fascicule qui auront, en définitive, fait ressurgir l’habituelle polémique le concernant ?
    Ce n’est pas parce que Céline est mort qu’il est devenu grand écrivain (comme Frêches serait devenu plus fréquentable une fois enterré, vous connaissez les hommages de circonstance) : et personne n’est obligé de partager cet avis.

    Le plus simple serait évidemment de le rayer d’un trait de plume.

    • Otto Naumme dit :

      Cher Dominique
      Il semblerait que nous ayons du mal à nous comprendre, étant donné que nous sommes tous, Tenancier y compris, des gens de bonne foi.

      Ce que nous exprimons (je parle également pour le Tenancier également, je sais que nous partageons ce point de vue), c’est la colère de voir qu’un abject personnage tel que Céline, frappé d’indignité nationale en son temps (ce qui n’est pas tout à fait rien et ne l’a pas été pour de vaines raisons), puisse avoir été couché sur la liste des personnes dont l’Etat (le même à l’avoir frappé d’indignité nationale !) souhaitait commémorer l’anniversaire de la mort ou autre billevesée du même acabit.
      C’est cela qui ne nous convient pas.
      Après, que les ouvrages de ce monsieur soient en librairie, peut me (nous) importe – du reste, vous aurez bien remarqué que le Tenancier précise qu’il en a vendu/qu’il en vend.
      Mais, comme le dit ce cher George Weaver, Céline est peut-être un grand écrivain (question de goûts, et s’il faut juger un auteur à l’ensemble de son oeuvre, ses immondes pamphlets font dangereusement baisser la moyenne…). Mais c’était aussi, et c’est cela qu’il ne faut pas oublier, un immonde salopard.
      Partant de là, chacun, individuellement, pense ce qu’il veut. Mais ce n’est certainement pas aux corps constitués d’en faire l’apologie.

  26. @ PdB : chacun ressent les choses avec sa propre sensibilité, personne n’impose la lecture de Céline (même si, en ce moment, il est au programme de français de Première dans un lycée que je connais bien).

    @ ap : gouverner c’est (aussi) bêtifier, en ce moment on est servis.

  27. Natacha S. dit :

    Au Tenancier ! Est-il bien nécessaire de mettre au féminin le qualificatif, exact, de salaud pour Céline?

  28. Si Serge Klarsfeld était en droit de s’indigner, le ministre avait le devoir de résister. Mais le 9 février, il y a le dîner du CRIF. J’ai la même édition en poche du Voyage. Au milieu des années 70, un collègue de travail l’avait en double et m’avait donné un exemplaire en me disant qu’il fallait absolument que je le lise. Les premières pages sur la connerie qu’est la guerre, mémorable, et le reste du livre itou. Que Céline repose en paix ! Lucette Destouches raconte :  » J’ai connu Céline en 1936, au moment du Front populaire, et sans arrêt, on a eu peur de la mort. Des communistes menaçaient de le tuer, après ce sont des juifs qui s’y sont mis. On a vécu l’Exode, la prison, le Danemark. Ça a été de pire en pire, et à Meudon il a commencé à mourir. Tout le monde n’a pas eu cette vie-là. On a été traqués comme des rats. » Commémorons le 50e anniversaire de sa mort .

    • Natacha S. dit :

      A Daniel Quintin,
      Oui! Mais citer une épouse, quelqu’un à qui l’amour ou les conventions sociales enlèvent toute crédibilité (Céline a eu nombre d’amours, et Madame n’y avait rien à dire), c’est aberrant!
      Quant à la vie de rats du couple, faut-il qu’on ait pitié?
      Vous n’êtes pas sérieux…

      • Madame Destouches était la femme qu’il fallait à Céline dans le rôle de la femme repos du soldat. L’écriture est un combat. La femme qui apaise, qui calme, qui repose un peu comme le chat, qui écoute mais aussi répond quand on lui parle. La femme dont on ne peut se passer. Le contraire de la chienne de garde.

  29. @ Daniel Quintin : pour le 1er juillet, F.M. mettra sans aucun doute un noeud à son mouchoir (à moins qu’il ne soit en villégiature en Tunisie).

  30. freddy dit :

    dominique j’ai du mal m’exprimer Mille excuses
    J’adhère à ce que dit Le Tenancier

    Et si Céline écrivait maintenant peut-être ferait -il l’éloge cynique ou pseudo démocrate (l’air du temps avec sa dose de racisme et d’antisémitisme) de l’ultralibéralisme et ses désastres

  31. George Weaver dit :

    Dans cette misérable affaire, ce qui importe n’est pas l’opinion que chacun a de Céline, d’abord infect antisémite ou d’abord génie littéraire selon les uns ou les autres. Cette question a d’ailleurs été très bien étudiée par Yves Pagès, qui ne comprenait pas son propre engouement pour l’œuvre alors que les pamphlets lui paraissaient infâmes, dans Les fictions du politique chez Louis-Ferdinand Céline, récemment réédité chez Gallimard, collection « Tel ».
    Ce qui importe, c’est la pitoyable volte-face du soi-disant ministre, qui avait donné son aval aux choix de la commission et préfacé l’ouvrage en l’état : c’est cela qui est lamentable, ce côté girouette terrifiée à l’idée de déplaire à quiconque d’un peu de poids. Alors que, dans les années 70 et 80, le même Frédéric Mitterrand promouvait dans les salles qu’il exploitait des films de qualité qui n’allaient pas vraiment dans le sens du conformisme frileux : Fassbinder, Carmelo Bene, Pasolini ou Werner Schroeter, pour ne citer que ceux-là. En plus, le risque est grand d’accréditer les crétins toujours prêts à crier au « lobby juif », c’est-à-dire d’aboutir au résultat exactement inverse à celui prétendument recherché.
    Le comble, c’est que la notice d’Henri Godard était parfaitement explicite sur l’antisémitisme forcené de Céline !

    Deux rectifications, pour finir : Céline a publié des pamphlets d’un antisémitisme inouï (le premier bien avant l’Occupation et la mise en place du Commissariat aux questions juives : en 1937), mais on ne peut soutenir qu’il fut « un collaborateur notoire », à la manière d’un Brasillach, d’un Drieu ou d’un Georges Belmont (sur ce dernier, voir Alice Kaplan) : il n’a jamais écrit d’article pour la presse de l’époque, seulement des lettres qui ont été publiées sous forme d’articles.
    Par ailleurs, les trois pamphlets de Céline n’ont jamais été interdits : c’est Lucette Almenzor-Destouches qui s’oppose aujourd’hui encore à toute réédition.

    • George Weaver dit :

      Deux autres rectifications, concernant mon propre commentaire : quatre pamphlets, en réalité (j’ai oublié Mea Culpa</i<, qui date de 1936.
      Et si Céline s’est tenu à l’écart durant l’Occupation, contrairement à d’autres, c’est tout de même en 1941 qu’il a publié
      Les beaux draps (Ouiqui dixit.

      Je me souviens d’un entretien radiophonique avec Albert Zbinden, extrêmement contourné, à la fin des années 50, où le journaliste lui demande de but en blanc : « Enfin, Céline, reconnaissez que vous êtes antisémite ! » et où l’autre répond en se comparant aux jansénistes persécutés sous Louis XIV ! Jamais, malgré toutes les abominations avérées et les camps d’extermination, il ne s’est départi de ses postures infâmes dégueulées dans les pamphlets.

      (Euh, au fait, je n’étais pas né lors de cet entretien : il est reproduit sur un double CD disponible chez Frémeaux et associés : Anthologie Céline)

  32. @ George Weaver : pas vu votre premier commentaire.
    Faut-il être né lors d’un entretien pour y accorder foi, je ne comprends pas trop votre remarque finale. Mais pourquoi l’avoir acheté ?

    • George Weaver dit :

      Bizarre : chez moi il apparaît comme « en attente de validation » (je l’ai juste sous les yeux)… Peut-être un problème avec WordPress, qui expliquerait aussi l’inquiétude d’Otto tout à l’heure ? Vous avez activé la validation des commentaires ? Pourtant, mon deuxième a été publié aussitôt, ce qui me laisse penser que non.
      Bon, je vous le renvoie.
      Concernant l’entretien Céline/Zbinden, c’est juste que je ne suis pas certain que tout le monde soit au courant de l’existence de ce double CD (ni du coffret de DVD qui regroupe les quatre ahurissantes interventions télévisées de Céline, par ailleurs) : comme j’avais écrit « Je me souviens… », c’était pour préciser que je ne l’avais pas entendu à l’époque de la diffusion. Et je n’ai pas acheté ce double CD : je l’ai entendu chez des amis chers, puis on me l’a offert.
      Ce n’est peut-être pas évident à la lecture de ce qui précède, mais figurez-vous que moi aussi je tiens Céline en haute estime littéraire — et pour un cafard immonde, insupportable.
      Les deux chansons qui figurent sur le disque (Règlement et À nœud couland) sont des morceaux de roi, entre autres.

  33. @ George Weaver : entièrement d’accord avec votre premier commentaire (bloqué par le système car comportant deux liens, donc susceptibles d’être des spams). Il me semble avoir dit la même chose dans les quelques lignes d’introduction et les deux liens choisis me semblaient donner suffisamment d’informations sur la question, à laquelle j’ai répondu également à l’occasion de certains commentaires.
    L’antisémitisme de Céline, que personne ne peut sérieusement nier, est soudain réactivé grâce à la démarche en pataugas de F.M. Paradoxalement il fait même, avec tout ce foin, de Céline une sorte de double inversé du Juif, victimisé ainsi, alors que le débat est ou devrait être : peut-on séparer l’oeuvre des actes d’un écrivain (penser aussi à Drieu La Rochelle).

    Votre deuxième commentaire : oui, quatre pamphlets antisémites, il est vrai que Mea Culpa est moins connu que les trois autres (et chacun de s’en repentir quand il l’a oublié !).

    Votre troisième commentaire : les deux chansons du CD sont mentionnées sur le site de Wikipédia qui semble assez bien informé en l’occurrence, ce qui n’est pas toujours le cas.
    J’avais même ce matin cherché une des deux chansons, mais j’ai dû me rabattre sur Berthe Sylva : Céline a bien dû rouler du gris… ou du feldgrau !

  34. Marie dit :

    Chacun à le droit d’exprimer ses pensées , j’ai bien sûr lu du Céline , l’ai travaillé , décortiqué , analysé … le retirer c’est faire offense à la littérature ? … Maintenant il y a l’homme et ses forfaitures abjectes concernant les juifs , et bien évidemment la pince à linge est recommandée fortement …

  35. @ Marie : chacun lit ce qu’il veut (du moins ce qui est accessible).

    • Marie dit :

      Désolée , Dominique , le point d’interrogation n’était pas prévu après offense à la littérature … Comme quoi les ponctuations sont importantes 🙂 Bonne journée …

  36. sylvaine vaucher dit :

    On juge l’homme ou l’œuvre ?

  37. @ sylvaine : tout le débat (escamoté) est bien là. Il est plus facile de mélanger les deux et de clouer (ou croire le faire) au pilori l’un à cause de l’autre, et vice-versa.

    Frédéric Mitterrand s’est lavé les mains, vite fait, de ce débat qu’un Henri Godard (éditeur des oeuvres « visiibles » de Céline dans La Pléiade) a su expliciter.

  38. Adrien M. dit :

    Afin de mieux cerner Céline, et beaucoup d’autres anarchistes (de gauche comme de droite et d’ailleurs), je vous conseille la lecture de La Mémoire des Vaincus de Michel Ragon.
    Sinon, n’hésitez pas à lire ces quelques lignes complémentaires de l’article ci dessus !!

    Bonne continuation !

  39. @ Adrien M. : merci pour cet éclairage et le lien vers votre article.

  40. Pauvre petit neveu ! Tonton doit se retourner dans sa tontombe !

  41. Le Tenancier dit :

    George Weaver, pour le sujet de la collaboration de Céline, elle est notoire si l’on admet qu’aller aux soupers d’Otto Abetz fait partie d’une certaine « notoriété ». S’en faire virer n’est pas à mettre au crédit d’une certaine rétivité à l’allemand, mais est uniquement imputable au souci des nazis de conforter les artistes et les intellectuels français dans leurs fréquentations. Les délires antisémites pathologiques lors de ces fameuses réunions ne pouvaient qu’être contre-productifs dans les opérations de charme des nazis. Du reste, a-t-on besoin d’écrire dans un journal maréchaliste, collaborationniste pour être collabo ?
    Adrien M., le terme « anarchiste de gauche ou de droite » est une sottise tout droit sortie, d’ailleurs, d’un cerveau d’extrême droite. On vous conseille la librairie Publico si vous êtes parisien pour vous renseigner plus avant (mais soyez poli avec le libraire, c’est quelqu’un de très bien !)
    Natacha S. : Oui, ça me plaît bien que ce soit au féminin. Je crois que ça l’aurait vexé.

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