Nicolas Demorand, de l’invective à l’écriture ?

Publié: 27 janvier 2011 dans Actualité
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Dans un communique sibyllin, Libération a confirmé hier que Nicolas Demorand était « pressenti » à la co-direction de ce journal, Laurent Joffrin ayant annoncé son propre départ pour Le Nouvel Observateur le 1er mars.

Voilà donc qu’après avoir écumé une bonne partie de l’audiovisuel – France Culture, France Inter, iTélé, France 5 (C/Politique), Europe 1… – le journaliste excité et « rentre-dedans », celui qui aimait passer à la question les acteurs politiques sans respect excessif (surtout les petits candidats aux élections présidentielles), prendrait la tête d’un journal important, qui plus est dit « de gauche ».

L’interview de Jean-Luc Mélenchon par Nicolas Demorand, le 6 janvier dans les studios d’Europe 1, restera un grand moment du « Paf ». Sa désinvolture et son mépris affichés à l’égard de l’invité sont significatifs d’un ego surdimensionné et d’une dentition qui laboure les moquettes des organes de presse, parcourus comme autant d’étapes vers une réussite en forme de château de cartes.

(Capture du monde.fr le 26.1. à 19 h. 29, photo non signée. Le tag a été rajouté.)

Certes, on ne sait (contrairement à Laurent Joffrin) vers quel bord balance le cœur politique de Nicolas Demorand. Interrogé après son « transfert » (comme celui d’un joueu de foot) à Europe 1 – peu après celui de Denis Olivennes qui avait pris les commandes du Nouvel Observateur durant quelques mois – l’animateur impétueux avait soigneusement omis de répondre à une interrogation précise de Marc-Olivier Fogiel.

Nicolas Demorand alignera-t-il alors des éditoriaux anti-sarkoziens comme son prédécesseur, ou posera-t-il des questions insolentes lors d’une conférence de presse à l’Elysée ? Orientera-t-il Libération, sur lequel plane encore parfois la marque de Serge July, vers une approche délibérément « people » des événements, axée sur le sensationnel et non plus sur l’investigation (voir récemment les deux pages sur les propriétés de Ben Ali à Paris), l’esprit critique et l’attention portée à la culture ? Passera-t-il de l’invective à l’écriture ?

Mais ne faisons pas de procès d’intention à l’interviewer qui n’écoutait pas ses interlocuteurs, lisons et examinons comment, s’il est désigné au poste suprême et non extrême, Nicolas Demorand permettra à Libération de continuer à suivre une ligne éditoriale qui se doit d’être claire dans la perspective qui se rapproche : celle des élections présidentielles de 2012.

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commentaires
  1. gballand dit :

    j’ai lu le début de sa bio, grâce à vous, et je n’aurais jamais imaginé que cet homme, dans la posture de « bouffon » de l’info qu’il adopte, était agrégé de lettres modernes. J’aurais plutôt dit qu’il se « désagrégeait » pour aller vers le jeu de mot facile…

  2. @ gballand : oui, il est principalement agrégé à sa propre carrière de météorite.

  3. Dom A. dit :

    Où il est prouvé que les liens, contrairement à ce que j’ai pu en dire, servent à quelque chose: J’apprends que le garçon est agrégé des Lettres (modernes) et ancien critique gastronomique. Peut-on faire confiance à quelqu’un qui – de temps en temps et au gré de ses humeurs – digère mal ? De toute façon son comportement face à Mélenchon était indigne, et les lecteurs ne prendront certainement pas pour excuse son bol alimentaire à chaque intervention déplacée.

  4. @ Dom A : non, quelques épices en plus.

  5. lindesve dit :

    Je pense à Franz-Olivier Giesbert, directeur de la rédaction du Nouvel Obs et ensuite le même poste au Figaro. En effet cela s’apparente bien à un transfert de joueur de foot.

  6. @ lindesve : « FOG » est maintenant tout à fait au point.

  7. albin dit :

    Tout a été dit. N. Demorand a toujours eu une vision commerciale, vulgaire, opportuniste, de son boulot (boulot qui déjà en soi n’est pas, mais c’est un autre débat), on sait où son cœur penche : vers l’ambition.

  8. brigetoun dit :

    euh ligne éditoriale claire Libération ? assez – pas forcément celle que voudraient les lecteurs auxquels il est sensé s’adresser et qui n’y viennent que de temps en temps par masochisme.
    Et la connivence qui me jetait en fureur hors du lit de Demorand du temps de France Inter prendre assez bien, avec des inflexions, la suite du Joffrin de la « maturité », celui qui après le référendum a injurié ses lecteurs
    Pardon, ce journal me met de mauvaise humeur

  9. @ albin : merci pour l’auscultation.

  10. JEA dit :

    Il y a des intervieweurs cireurs de pompes. Ils peuvent même êtres funèbres.
    Certains préfèrent porter les serviettes des invités.
    D’autres restent étrangement absents.
    D’autres encore jouent aux miroirs parfois même sans tain.
    D’autres se préfèrent égocentriques ce qui ne les empêche pas de se montrer éventuellement excentriques.
    Il en est qui doppent leur ego pour dépasser au sprint final leurs invités.
    Et puis n’oublions pas les draculas qui vidangent leurs interlocuteurs.
    N. Demorand vient de ce monde si artificiel.

  11. brigetoun dit :

    zut on devrait se relire (quoique ce que disent les mots serait difficilement imaginable) me jetait hors de mon lit en écoutant Demorand

  12. @ brigetoun : quels que soient les errements de « Libé », ce journal manquerait dans le panorama journalistique français. Et c’est bien pourquoi il n’est pas indifférent de savoir ce qu’un Demorand risque d’en faire. Vous ne lisez jamais le Cahier livres du jeudi ?

    @ JEA : il resterait un nouveau livre à écrire pour Bram Stoker.

  13. Désormière dit :

    Je ne supportais pas sa façon de hurler dans nos oreilles, de bon matin, sur France Culture ( soulagement quand il est parti). Déjà grossier avec ses invités (en particulier ceux qui étaient en état de faiblesse ou qui appartenaient à de petits partis politiques, et bizarrement… les femmes) J’avais remarqué aussi que de temps en temps il se réservait, en tête à tête, de grosses pointures, de ces hommes que personne n’ose attaquer ( Elie Wiesel, par exemple), et que dans ces moments-là, il parlait d’une voix grave sur un ton qui était celui de la confidence. Rien que ce détail rendait peu crédible sa probité de journaliste.
    Quant au fait qu’il soit agrégé de lettres modernes, cela ne témoigne que de sa capacité à enseigner, telle que l’éducation nationale veut que soient analysées les oeuvres littéraires. Cela veut dire que c’est un bosseur et qu’il sait s’adapter à des injonctions qui lui permettent d’atteindre son but. Les agrégés sont respectables, ils témoignent d’une culture poussée dans leur matière, cela ne leur donne nullement un certificat de bonne conduite et d’honnêteté intellectuelle. Pour cela, il en faut plus ou autrement.

  14. M dit :

    Je plains les gamins de prépa qui devaient passer en « colle » avec lui!

  15. @ Désormière : son ton de bateleur était insupportable. On peut espérer qu’à Libé on l’entendra moins mais il semble que son boulot puisse être principalement d’aller faire la retape pour son journal sur les plateaux de radio ou de télé !
    Quant au fait qu’il soit agrégé (Xavier Darcos l’était aussi, pas Luc Chatel…), ce n’est en rien, effectivement, un certificat de bonne conduite, de savoir-vivre ou de simple politesse.

  16. @ M. : colle ou super-glu ?

  17. M dit :

    Colla magica superglua perfecta, of course, et pas un seul Harry Potter parmi eux pour fermer son clapet au terrible (Vol)demorand! Là au moins il va terroriser des adultes.

  18. @ M : J.K. Rowling te devra des droits d’auteur !

  19. PdB dit :

    ce type mérite le même surnom que le ministre du travail de l’emploi et de la santé (fiche wiki à jour, dites, le demorand a des assistants efficaces – bizarre qu’ils ne mettent pas ici un commentaire pour l’encenser…)

  20. @ PdB : les fiches Wiki se veulent « objectives » (quand elles ne sont pas truffées d’erreurs).
    Au fait, c’est quoi le surnom de Xavier Bertrand ? « Mediator » ?

  21. PdB dit :

    Celui-là va bien au type qui donne la source de votre billet, Irréductible… (pour le ministre TES c’est « le gros »- ce sont ses amis qui l’appellent ainsi, c’est pourquoi je ne m’étais pas permis de l’indiquer) (sur sa fiche wiki, il se trouvera à la tête de libé à partir du 1° mars 2011…)

  22. @ PdB : la date de l’arrivée de Joffrin au « Nouvel Obs » indique celle de Demorand à « Libé ».

  23. ArD dit :

    Ah bon, Libé aurait donc trouvé le moyen de se couler un peu plus profond alors ? Gros malin.

  24. @ Ard : oui, le moment (ou le Demorand) est bien choisi.

  25. PdB dit :

    ça j’aime assez.

    L’arrivée de l’arriviste dans la presse/papier prouve simplement qu’elle se vend au plus offrant. Pas nouveau, pas joli, pas sain : la réalité de la médiocrité.

  26. lautreje dit :

    Le frère, Sébastien, est critique gastronomique, il écraserait tout le monde au Masterchef (dixit la presse !! les potins racontent que lui aussi aurait les dents longues…)

  27. @ PdB : oui, je l’ai lu en son temps et l’ai même à portée de main. Il y en a eu un plus récent, d’Eric Aeschimann (Le Seuil, mars 2007) : « Libération et ses fantômes », dédicacé à Serge July.

  28. @ lautreje : une certaine presse est liée aussi à l’arrière-cuisine.

  29. PhA dit :

    Quel rustre ! (je n’avais pas écouté l’interview de Mélenchon) Une vraie petite frappe.

  30. @ PhA : oui, cela augure bien des « entretiens » professionnels au sein de l’entreprise ! Mais ce qu’il s’est permis avec Mélenchon fait ressortir, à l’inverse, son respect flagorneur envers « les puissants ».

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