De Guermantes à Daihatsu, direction Balbec

Publié: 2 février 2011 dans Télévision
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Pour en revenir aux remarques exprimées hier, ici-même, par un commentateur dénommé Guermantes, sur cette petite voiture bleue et blanche empruntant le péage de l’autoroute A1 Lille-Paris, je précise que j’avais pris une deuxième photo de celle-ci au débotté, mais la mise au point ratée ne m’avait pas conduit à la publier.

Or, là, on peut observer que ce véhicule présente une calandre différente, ses rétroviseurs sont munis de queues d’artichauts, les phares possèdent une sorte de lamelle supplémentaire (et la trappe du réservoir d’essence est carrée), tout ce qui ne figure manifestement pas sur la Daihatsu Copen présumée. Alors, le concours reste ouvert !

(Photo : cliquer pour agrandir.)

Puisque l’on parle indirectement de Proust, j’ai lu l’article que Pierre Assouline a consacré mardi sur son blog à l’adaptation télévisée effectuée par Nina Companeez  de A la recherche du temps perdu et dont il dresse un panégyrique, y compris pour le générique, impressionnant. Il s’agit ni plus ni moins d’une « fresque enchanteresse » qui renvoie les lourds tâcherons que sont Luchino Visconti, Joseph Losey, Volker Schlöndorff, Raoul Ruiz et Chantal Akerman dans les plate-bandes invisibles des pellicules moisies.

A 10 heures 42, j’avais envoyé un petit commentaire sur le blog de l’admirateur de Nina Companeez qui avait pu – privilège insigne – déguster « l’œuvre » en avant-première.

Finalement, je n’ai pas regardé ce somptueux album d’images sur France 2 (le feuilleton continue ce soir) dont la réalisatrice a notamment déclaré (Télérama du 29 janvier au 4 février, page 80) : « Mon but premier est de montrer aux téléspectateurs que Proust n’est pas hermétique, pas intello, pas emmerdant, mais aussi qu’il est un grand auteur comique : on rit beaucoup en lisant ses descriptions des salons aristocratiques ! »

(Photo : Marcel Proust.)

Certes, le premier tome de La Recherche est, paraît-il, absent de cette illustration télévisée : « Or, Du côté de chez Swann, indique Nina Companeez, est pratiquement dépourvu d’action. J’ai privilégié les passages du roman riches en rencontres, en événements, pour ne pas réaliser un téléfilm trop contemplatif et littéraire. » Il est vrai que toute cette histoire manque singulièrement de scènes de hold-up ou de prise d’otages !

Au même moment Canal + diffusait le merveilleux film de Joann Sfar, Gainsbourg (vie héroïque) : non pas une « adaptation » mais une (re)création de l’univers poétique du chanteur. Heureusement (je ne suis pas abonné à cette chaîne), je l’avais vu lors de sa sortie en salles.

Ainsi, en m’abstenant de jeter un œil sur ce Proust télévisé, la lecture de l’écrivain demeurerait intacte dans mon souvenir, débarrassée de ces nouveaux chromos de Balbec, fût-ce avec des jeunes filles en fleurs, en chair et en os, sur le front de mer.

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commentaires
  1. PdB dit :

    elle a un vague air de dauphine, cette petite caisse… (j’ai regardé un morceau, la fin, de l’épisode 1, c’est vrai les images enlèvent l’imaginaire qu’on posait sur la lecture – traduction/trahison, le vieux truc- c’est pas si mal, ça reste, malheureusement, de la télé…)

  2. lindesve dit :

    Je ne m’y connais pas beaucoup en voiture. Je n’ai pas conduit depuis 1970 et je ne m’en porte pas plus mal, habitant aux portes de Paris. Mais il me semble que ça ressemble à de la floride compactée. Quant à Pierre Assouline, un peu trop prolifique à mon goût, sa bio sur le dernier des Camondo m’avait laissé un peu sur ma faim. Beaucoup plus de plaisir à retourner voir le musée Nissim de Camondo, dédié à l’art du XVIIIe, en bordure du parc Monceau. Aaah, Visconti, les damnés, mort à Venise, mes 20 ans. Proust, jamais lu. Sauf quelques pages dans mon livre de français au lycée. Pourtant j’ai en bibliothèque le tome I de A la recherche du temps perdu qui me tend les bras. Mais bon, j’ai plus d’un quart de mes livres que je n’ai jamais lus. Des achats compulsifs : Tiens, j’ai envie de lire ça. Le dernier acheté et lu il y a un mois, le Petit traité de vie intérieure de Frédéric Lenoir, que je suis allé voir hier soir à la FNAC Montparnasse. Il y avait bien 400 personnes à l’écouter. Maintenant j’emprunte mes livres dans toutes les bibliothèques de la Mairie de Paris. Derniers lus, les années Condor, sous-titré comment Pinochet et ses alliés ont propagé le terrorisme sur trois continents et Tchétchénie, par le Comité Tchétchénie, aux éditions la Découverte, mais qui date déjà de 2003.

  3. @ PdB : oui, sauf que l’on n’a jamais vu de Dauphine à deux places !
    Quant à Proust : Nina Companeez a sans doute voulu refaire « Les Dames de la côte »…

  4. Sammy dit :

    N’ayant encore jamais lu Proust dans le texte (et j’ai bien conscience de cette plaie béante dans ma culture), j’ai regardé l’adaptation télédiffusée hier soir, en guide d’introduction à l’œuvre, que je suis ainsi plus que jamais déterminé à lire, d’autant plus en la sachant amputée (ce qui semble être le lot de toute adaptation).

  5. @ Sammy : objectif atteint, alors.

  6. Désormière dit :

    En tout cas, ce n’est pas MAM au volant. Elle préfère les jets privés tunisiens.

  7. @ Désormière : dommage pour elle, car il lui faudrait sans doute en ce moment un alibi en béton (voir peut-être… du côté de chez Bouygues ?).

  8. alainlecomte dit :

    Ah, vivement Proust en version digest, un petit livre de poche (3 euros) devrait suffire…
    (eh, psst, c’est de l’ironie, bien sûr)

  9. @ alainlecomte : voici ma version Twitter à l’instant =>

    « Longtemps je me suis couché de bonne heure. Mais j’ai pris de nouvelles résolutions : veiller toute la nuit sur Internet. » (Marcel Proust)

  10. Guermantes dit :

    Bonjour

    Je maintiens l’origine nippone du cabriolet bleu, un modèle plus ancien que celui dont vous donnez les références, qui me semble une évolution maladroitement modernisée.
    Il ne s’appelait pas encore Copen, mais déjà Daihatsu. Et il n’était importé qu’au comte-gouttes, avec le volant « du mauvais côté », comme au Japon. Plus snob, tu meurs.

    Cela mérite recherche, quitte à perdre du temps. J’y retourne immédiatement.

  11. @ Guermantes : vous avez peut-être raison, il suffit alors d’apporter les arguments décisifs.
    (P.S. : votre adresse e-mail a une bielle coulée ?)

  12. Guermantes dit :

    Mille excuses, pas Daihatsu, mais japonais quand même, Nissan Figaro.

    Construite entre 1991 et 1992 à 20 000 exemplaires au Japon, très peu importée.
    J’ai la mémoire qui flanche, besoin de quelques pages de Proust.

    Mon adresse email fonctionne en général, à moins que le verglas briard…

  13. @ Guermantes : merci pour cette précision, mais je ne modifie pas le titre de l’article pour autant.
    Finalement, Figaro-ci, Figaro-là !

  14. Moons dit :

    Quelle imagination, ces Japs, ce modèle est honteusement pompé sur la Panhard Junior !

  15. @ Moons : c’est le panard pour Levassor, une prolongation inespérée !

  16. Gilbert Pinna dit :

    La petite voiture bleue est une Norev… nous y conduit-elle ?

  17. Zoë Lucider dit :

    Merci de m’avoir relevée du regret. Je n’ai pas regardé « la recherche », mais je m’en voulais un peu. Finalement, je crois que je craignais en effet des superpositions sur mes propres images. Surtout « ma » Françoise.

  18. Dom A. dit :

    Tu as raté de superbes paires de seins, le but du film étant – visiblement, car je l’ai vu – de dénuder à une heure de grande écoute afin de faire du chiffre. Mais la bande-annonce nous avait prévenus.
    L’acteur tenant le rôle principal ressemblant à une sorte de Mr Bean précieux, pour du comique, ce fut du comique. Je n’ai jamais autant ri depuis Le mécano de la « General ».

  19. @ Dom A. : même si je voulais me rattraper ce soir, je ne serai pas là ! Mais il n’y avait pas un avertissement du style « déconseillé aux moins de 16 ans » ? La mécanique proustienne recèle bien des surprises.

    @ Zoë Lucider : ces cartes postales craignent.

    @ Gilbert Pinna : c’est vrai que Norev lui va bien aussi.

  20. PhA dit :

    Le premier tome est absent ? Pourtant il est drôle aussi.

  21. @ PhA : oui, mais sans doute « emmerdant » !

  22. Marie dit :

    Je n’y connais rien en voiture ( tant qu’elle roule ) 🙂
    Pour Proust et sa madeleine ( vu que j’habite en Normandie et que le grand hôtel de cabourg a flirté avec lui , enfin pas tous , quoique j’en sais rien , il est assez fréquent de voir des dames de la côte déguster la dite pâtisserie en faisant tapisserie sur le sable …
    J’ai lu Proust , je l’ai trouvé parfois rébarbatif ( en fait , il faut le lire en vieillissant )
    Et pour l’homme à tête de chou dont je suis une fan inconditionnelle , j’ai vu aussi le film au ciné et malgré des mauvaises critiques j’ai beaucoup aimé …
    Bonne journée 🙂

  23. cette adaptation de la Recherche est un énorme ratage : avoir fait du narrateur (Proust) une vieille-tante-jeune a provoqué en moi un profond ennui ; on scrutait les manifestations d’un narrateur éploré au détriment du texte. La Recherche c’est un TEXTE et moins une histoire, c’est une « encyclopédie de langages » (R Barthes) Pourtant, Nina Companhez a réalisé des téléfilms admirables, mais ces minauderies dans cette « adaptation » étaient niaises ou décalées. Il eut été souhaitable de mieux travailler le rapport entre les scènes.

  24. @ Bernard Obadia : alors, je n’ai rien manqué !

  25. Jerome dit :

    Balbec de lièvre ?

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