Sam Peckinpah, plus qu’un feu de paille

Publié: 5 février 2011 dans Cinéma
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Sur le Boul’Mich’, tout est calme : des échos lointains d’Egypte parviennent de manière muette avec la couverture sartrienne de Paris Match. Un peu plus loin, Le Point cherche à flanquer la trouille aux passants en titrant sur « Le spectre islamiste ».

(Photos : cliquer pour agrandir.)

Une fois traversée la rue des Ecoles, c’est la rue Champollion (5e) avec sa rassurante Filmothèque qui nous fait de l’œil au numéro 9 : une rétrospective Sam Peckinpah s’y déroule, du 2 au 22 février, et hier soir c’était l’occasion de revoir Les Chiens de paille (Straw Dogs, 1971), avec Dustin Hoffman et Susan George.

Il est vrai que Sam Peckinpah demeure un cinéaste peu connu, à part sans doute pour La Horde sauvage (1969) avec William Holden, Ernest Borgnine et Robert Ryan, et Guet-Apens (1972) avec Steve McQueen et Ali McGraw, et aussi l’admirable Pat Garrett et Billy The Kid (1973) avec James Coburn, Kris Kristofferson… et Bob Dylan.

Catalogué comme le metteur en scène ou sur écran de la violence pure, alors qu’il était « un vrai monstre, mais un monstre de tendresse » (Alain Corneau), Sam Peckinpah a été rejeté dans une certaine marginalité. Peut-être aussi sa dégaine d’acteur de western – dans le rôle d’un Indien ? – affichait-elle la volonté d’un réalisateur sans concessions.

Dans Les Chiens de paille, le flot de la violence reflète le jeu d’échecs des circonstances, le destin qui broie inéluctablement et s’installe dans cette maison éloignée du village anglais où un chercheur américain a trouvé, croit-il, refuge et tranquillité.

Sam Peckinpah joue ici avec les scènes fortes (flash-backs ultra-courts) et le déchaînement imparable de la brutalité : si les rats font vivre l’un des personnages, le piège métallique gigantesque, accroché au mur comme pièce de collection, se refermera sur une proie humaine.

Les Chiens de paille dure 1 heure 58 pendant laquelle aucun instant de répit ne sera donné au spectateur, sauf lors du plan final : la nuit aura alors enfin pacifié le cauchemar et opacifié le souvenir – pas celui qui nous reste, imprimé, du film.

(Photo : cliquer pour agrandir.)

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commentaires
  1. brigetoun dit :

    les enseignes changent de nom mais la rue Champollion est toujours comme en ma jeunesse lointaine, et Peckinpah survit aussi depuis ces années

  2. @ brigetoun : il suffit de décrypter…

  3. Dom A. dit :

    J’ai connu un éminent psychanalyste rue Champollion. Comme dans un roman de Jean d’Ormesson il portait une veste rouge, et ce détail aurait dû m’alerter.
    Ruiné depuis, je ne vais plus guère dans le quartier sauf aux petits chevaux du Luxembourg, très lointain rappel du far west.

  4. @ Dom A. : Il aurait pu être plus discret : mais sucer le sang des allongés tache sans doute le pourpoint.

  5. PdB dit :

    un petit air de Charlie Parker, voilà qui fait du bien le samedi matin…

  6. JEA dit :

    @ Dom A.

    Et du Far West… à Jacques Brel…

  7. Sophie K. dit :

    Charlie Parker et cinoche « à l’ancienne », mmmh…

  8. Une Parisienne dit :

    J’ai trouvé le DVD sur Internet, mais je me demande si ce n’est pas trop violent. Que diriez-vous de plus sur ce film pour me convaincre de l’acheter ?

  9. PhA dit :

    J’ai vu les Chiens de Paille il y a bien longtemps. C’était peut-être bien rue Champollion.

  10. @ PhA : je t’ai peut-être croisé là…

    @ Une Parisienne : c’est assez dur mais à prendre comme une parabole sur la violence, et avec un Dustin Hoffman impeccable ! Les presque deux heures n’en semblent qu’une, et encore.

  11. @ Sophie K. : retour vers le passé, de temps en temps…

  12. @ PdB : ne pas oublier ses classiques.

  13. George Weaver dit :

    Ce qui m’a très longtemps gêné dans Les chiens de paille (pris en pleine tronche à 18 ans, pas trop préparé à pareil choc), c’est le fugitif spasme de plaisir aperçu chez Susan George (une crispation de la main, me semble-t-il) lors d’une des plus terribles scènes du film, alors que Dustin Hoffman s’est fait embarquer dans une partie de chasse).
    Mais depuis que je l’ai revu l’an dernier, l’eau ayant coulé sous mes ponts, il me semble comprendre ce que nous dit là le grand Sam.

  14. @ George Weaver : toute l’ambiguïté (et la force) du film tient notamment dans cette scène (mais revoir les flash-backs lors de la fête scolaire).

  15. Et du temps de Sam Peckinpah, sur le Boul’Mich’, y avait-il ces individus qui sollicitent un peu d’attention du lecteur sur leur état? Un passant passa sans me voir…

  16. […] : Sam Peckinpah, plus qu’un feu de paille – Un petit tour à l’étang – Allegro ma non […]

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