Lucas Cranach l’Ancien avec vélo

Publié: 15 février 2011 dans Expositions
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Le 27 janvier, j’avais juste repéré une affiche annonçant l’expo Lucas Cranach et son temps au musée du Luxembourg à Paris et je m’étais dit qu’ils s’y prenaient bien à l’avance : elle a débuté le 9 février et se déroulera jusqu’au 23 mai.

C’est de Cranach L’Ancien (1472-1553) qu’il s’agit, le peintre allemand des femmes éthérées, diaphanes, offrant toutes un peu le même visage et le corps dépouillé de trop d’artifices.

En regardant quelques tableaux reproduits, pour l’occasion, dans la presse – j’avais pu en admirer à la Galerie des Offices à Florence en août 2008 – je songeais à cette unité de style et à son audace pour l’époque. Le pinceau du maître aimait conjuguer le glaive avec le nu féminin.

Ainsi, son Allégorie de la Justice (1537) représente-elle sans doute maintenant un fantasme caché du bredouillant ministre Michel Mercier.

(Allégorie de la Justice.)

Ainsi, le diptyque (1) Judith et Lucrèce a-t-il été analysé par Michel Leiris dans L’Âge d’homme (1946). Par exemple, ici :

« Il est loisible à chacun de se demander, à la vue du tableau double de Cranach, si ce ne sont pas des chaînons analogues qui ont relié dans son esprit les deux héroïnes, Lucrèce la chaste et Judith la catin patriote, au point de les représenter dans un même couple de figures ? On peut supposer que leurs deux gestes, apparemment distincts, étaient au fond identiques et que, pour toutes deux, il s’agissait avant tout de laver dans le sang la souillure d’une action érotique, expiant, l’une par son suicide, la honte d’avoir été violée (en y prenant peut-être du plaisir) l’autre par le meurtre du mâle, celle de s’être prostituée. De sorte que ce ne serait pas un simple caprice, mais en vertu d’analogies profondes, que Cranach les aurait peintes en pendants, nues et désirables, confondues dans cette absence complète de hiérarchie morale qu’entraîne la nudité des corps, et saisies au bord d’actes particulièrement exaltants. »

(Lucrèce et Judith.)

Ainsi, Vénus debout dans un paysage est-elle présentée par les rédacteurs de Wikipédia de cette manière : « Dans La Vénus de 1529, Cranach reprend un sujet très classique de la Renaissance pour en faire une œuvre d’un érotisme ambiguë (sic). Représentée nue comme le veut la tradition, la Vénus est une jeune fille oblongue aux formes prépubères. Mais loin d’être pudique, elle porte un collier à la manière des courtisanes, elle montre son sexe d’un doigt et regarde le spectateur d’un œil aguicheur. Le paysage stylisé renvoie à l’Allemagne de son époque[4]. »

(Vénus debout dans un paysage. Cliquer pour agrandir.)

Heureusement, d’ici mai, les beaux jours seraient revenus : on pourrait même sortir légèrement (mais décemment) vêtu et se décider alors à aller visiter cette expo peut-être d’un simple coup de vélo.

(Photo : cliquer pour agrandir.)

____________

(1) La reproduction donnée par Le Point, que j’ai utilisée dans un premier temps (Judith avec la tête d’Holopherne), comme étant celle à laquelle Michel Leiris se réfère, est fausse. Un lecteur, Guy Ponsard, que je remercie, m’en a fait la remarque en m’envoyant l’extrait du livre que je n’avais pas pris le temps de rechercher tout de suite dans mes étagères. Il me précise que ce diptyque n’existe plus qu’en reproduction noir et blanc. Celle qui figure en couverture de L’Âge d’homme (Livre de poche numéroté 1559, © Editions Gallimard 1946), est la même et montre uniquement l’une des deux figures du  double tableau mais « colorisée » en orange, avec lettrage vert – et la tête de Judith est… coupée par le cadrage !

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commentaires
  1. gballand dit :

    Merci pour cette « mise en bouche » qui me donnerait presque envie de faire Rouen-Paris, à vélo, pour la voir…

  2. Dom A. dit :

    Dommage, c’est une version allégée de l’expo de Bruxelles (une des rares envies de vous faire préférer le train, ces dernières semaines).

  3. brigetoun dit :

    et si vous y allez saluez le de ma part le vieux maître – dommage que vous ne puissiez l’interroger parce que en effet il a amené les corps (même stéréotypés) leur vie et leur mystère dans l’art européen

  4. @ brigetoun : je n’y manquerai pas.

    @ Dom A. : talisman (mieux que rien).

    @ gballand : sauf si vous avez quelque chose à livrer, prenez le TGV !

  5. JEA dit :

    Un engin à roues comme celui de la dernière photo, est utilisé en ardennes pour transporter des truites vivantes entre deux étangs…

  6. @ JEA : on l’appelle ici, paraît-il, « un Schubert ».

  7. PdB dit :

    la femme à l’épée a aussi inspiré le Caravage (un peu plus tard dans le siècle).
    On ira aux beaux jours..

  8. @ PdB : … et quelques autres aussi (source : Wikipédia) :

    « La décapitation d’Holopherne par Judith a inspiré plusieurs œuvres d’art dues à des noms tel (sic) :

    * Donatello, Judith et Holopherne, 1455-60, bronze, Palazzo Vecchio, Florence.
    * Sandro Botticelli,
    o La découverte du meurtre d’Holopherne, vers 1472, Galerie des Offices, Florence.
    o Judith quittant la tente d’Holopherne, 1495-1500, Rijksmuseum, Amsterdam.
    * Andrea Mantegna, Judith et Holopherne, 1495, National Gallery of Art, Washington. (voir)
    * Giorgione, Judith, vers 1504, Musée de l’Ermitage, Saint Petersbourg.
    * Lucas Cranach l’Ancien, Judith avec la tête d’Holopherne, vers 1530, Kunsthistorisches Museum, Vienne. (voir)
    * Le Titien, Judith, 1565, (112 x 96 cm), Detroit Institute of Art
    * Giuseppe Cesari, Judith avec la tête d’Holopherne, 1605-10, Berkeley Art Museum, Université de Californie.
    * Giovanni Baglione, Judith avec la tête d’Holopherne, 1608, Galerie Borghèse, Rome.
    * Artemisia Gentileschi, Judith décapitant d’Holopherne, 1612-21, Galleria degli Uffizi, Florence. (voir)
    * Cristofano Allori, Judith avec la tête d’Holopherne, 1613, Royal Collection, Windsor. (voir)
    * Rubens, Judith avec la tête d’Holopherne, vers 1616, Musée Herzog Ulrich Anton, Braunschweig.
    * Valentin de Boulogne, Judith et Holopherne, vers 1626, National Museum of Fine Arts, La Vallette.
    * Francesco Furini, Judith et Holopherne , 1636, Galleria Nazionale d’Arte Antica, Rome.
    * Le Caravage, Judith décapitant Holopherne (vers 1598) Huile sur toile, 145 x 195 cm – Galleria Nazionale d’Arte Antica, Rome (voir)
    * Giulia Lama, Judith et Holopherne, vers 1730, Gallerie dell’Accademia, Venise.
    * Vincenzo Camuccini, Judith avec la tête d’Holopherne, 1828, Alzano Lombardo, chapelle du Rosaire.
    * Horace Vernet, Judith et Holopherne, 1829
    * Gustav Klimt
    o Judith I, 1902, Österreichische Galerie, Vienne, (voir)
    o Judith II ou Salomé, 1909, Galleria d’Arte Moderna, Venise (voir) »

  9. Sorcière dit :

    On dit « le » droit (masculin) et « la » justice (féminin). Quel couple !!!
    Rien de nouveau sous le soleil, la justice se retrouve toujours à poil 😉

  10. Gilbert Pinna dit :

    Et dans le froid qui ronge, sa nudité laiteuse comme une armure.

  11. @ Gilbert Pinna : joli(e) !

  12. Marie dit :

    Une balade dans les courbes féminines à vélo…. 🙂

  13. @ Marie : suivre la piste.

  14. Sophie K. dit :

    Ah, je pense que j’irai moi itou. Merci Dom’.

  15. @ Sophie K. : je m’en serais un peu douté, car tu es éclectique dans tes choix esthétiques.

  16. Quotiriens dit :

    Et cette étrange impression qu’elles avancent le bassin, le pied en avant dans un mouvement d’ambulation que le torse retient.

  17. @ Quotiriens : une sorte de déplacement en faisant du sur-place…

  18. […] et culture : Brice Pelman, Attention les fauves – Lucas Cranach l’Ancien avec vélo – Le moine – Black swan de Darren Aronofsky ; avec Natalie Portman qui a fait du chemin […]

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