Irène Némirovsky, l’un des 76 000 noms

Publié: 17 février 2011 dans Livres
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A l’intérieur de son livre, Suite française (Denoël, 2004), j’ai gardé la bande rouge « Prix Renaudot 2004 » comme marque-page. Des affiches dans le métro annonçaient il y a déjà quelques mois une exposition sur Irène Némirovsky (du 13 octobre 2010 au 8 mars 2011) à Paris, au Mémorial de la Shoah.

(Photos : cliquer pour agrandir.)

J’y suis allé hier matin à 10 heures, il n’y avait aucune file d’attente.

Une fois franchi le sas d’entrée, on débouche dans la cour.

(Photo : cliquer pour agrandir.)

Le passage vers le bâtiment se fait entre des murs fins où figurent, gravés par ordre alphabétique, les 76 000 noms de Juifs déportés de France et assassinés par les nazis, ce qui exigerait une lecture infinie.

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On parcourt ensuite les deux grandes salles où sont rassemblés manuscrits, articles, livres, valise, pochette de cuir ayant appartenu à l’écrivain (1903-1942). Une impressionnante affiche du film David Golder de Julien Duvivier (1930), avec Harry Baur, adapté de son premier livre (1929), joue au miroir des extraits diffusés.

De l’enfance russe à l’arrivée à Paris (1919), et l’exil en Bourgogne (à Issy-l’Evêque, Saône-et-Loire) au début de l’Occupation, et à l’arrestation par les gendarmes français le 13 juillet 1942 puis à son internement à Pithiviers avant la déportation et la mort à Auschwitz-Birkenau le 17 août, Irène Némirovsky est là, présente, épinglée aux murs – écriture aux pattes de mouche bleues – ou réfugiée sous vitrines, dans l’ignorance de son destin.

Son mari, Michel Epstein, arrêté le 6 novembre 1942, est gazé à son arrivée à Auschwitz.

Une vidéo réalisée l’année dernière permet d’entendre le témoignage précis d’une des deux filles d’Irène Némirovsky, Denise. On peut y voir également Laure Adler.  Au sous-sol du mémorial se trouvent la crypte, le silence.

(Photo : cliquer pour agrandir.)

Publié de manière posthume (le manuscrit était caché dans la valise que ses filles avaient conservée), le roman Suite française a été récompensé sur le plan littéraire il y a maintenant sept ans. Le malheur égrène-t-il lui-même les années ? Est-ce l’aune à laquelle ce livre et cette oeuvre peuvent être lus ?

« Bois de la Maie : 11 juillet 42

Les pins autour de moi. Je suis assise sur mon chandail bleu au milieu d’un océan de feuilles pourries et trempées par l’orage de la nuit dernière comme sur un radeau, les jambes repliées sous moi ! J’ai mis dans mon sac le tome II Anna Karénine, le Journal de K.M. et une orange. Mes amis les bourdons, insectes délicieux, semblent contents d’eux-mêmes et leur bourdonnement est profond et grave. J’aime les tons bas et graves dans les voix et dans la nature. Ce « chirrup, chirrup » pointu des petits oiseaux dans les branches m’agace… Tout à l’heure je tâcherai de retrouver l’étang perdu. »

(Une des notes manuscrites d’Irène Némirovsky relevées dans son cahier. Suite française, Annexe I, page 406.)

(Scan : cliquer pour agrandir.)

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commentaires
  1. brigetoun dit :

    un lieu impressionnant, et pour beaucoup d’entre nous la satisfaction d’avoir su qu’on le créait, l’installait et puis lâchement simplement parfois une petite pensée en passant à proximité (honte à moi, n’y suis jamais allée)

  2. Marie dit :

    J’y suis allée et comme tous les mémoriaux …. Je suis à chaque fois bouleversée et en colère ….
    Je ne sais pas si vous êtes allée voir les photos de Reza ? J’ai assisté à une de ses conférences au mémorial de Caen il y a deux ans .

  3. PdB dit :

    Il y a là le prénom et le nom d’un de mes grand-pères (c’est aussi mon nom). Vers lui.

  4. JEA dit :

    Une biographie par O. Philipponnat et P. Lienhart chez Grasset, 2007, 512 p.

  5. @ brigetoun : il n’y avait que quelques visiteurs, ça change des expos à grand tintouin.

    @ Marie : non, pas vu les photos de Reza (celles-là).

  6. @ PdB : on peut voir quelques plans de ces inscriptions dans le film « Le Nom des gens », de Michel Leclerc.

  7. @ JEA : existe en Livre de poche (2009), citée dans la Bibliographie du deuxième lien.

  8. Dom A. dit :

    Aveu: jamais vu. Ce n’est pas faute de ne pas être passé à côté, loin s’en faut.
    Ce doit être très impressionnant, la photo en tout cas est saisissante.

  9. @ Dom A. : j’ai toujours hésité à y aller, pour ne pas verser dans le « mémoriel ». Mais cela s’impose un jour.

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