Diplomatie foutaise

Publié: 18 février 2011 dans Politique
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Sous la direction de Nicolas Sarkozy, le petit père des pleutres, notre pays est tombé bien bas, mais pouvait-il descendre encore (Quo non ascendam ? est intraduisible pour les ignares du gouvernement) ? La diplomatie française est une diplomatie foutaise.

Avec la révolution tunisienne, puis égyptienne, et, dernièrement, l’épisode franco-mexicain, la France a montré quelle était réellement son image dans le domaine des « affaires étrangères » : brouillée, tavelée, aveugle. Incapacité totale à déceler les mouvements profonds des peuples, focalisation obsessionnelle sur l’Islam – voir la loi sur la burqa et maintenant la mise en garde grotesque du président de la République contre les « appels à la prière »,  y compris pour les cloches du dimanche ? – liens quasi incestueux avec des dictatures où la question des libertés n’a jamais été posée clairement (beurk ! ces « droits-de-l’hommistes » !), priorité donnée à l’économique sur l’éthique.

Et voici que Ben Ali serait très mal en point, d’après une info révélée dès le 16 février sur « le blog tunisien » indispensable du journaliste Nicolas Beau (auteur avec Catherine Graciet de La Régente de Carthage, La Découverte, 2009), et reprise tardivement par l’AFP puis l’ensemble de la presse.

Un écrivain, membre de l’Académie française, avait, il y a quelques mois, démissionné avec fracas de son poste d’ambassadeur au Sénégal : Jean-Christophe Rufin n’acceptait pas les méthodes de la « Françafrique » et se retirait courageusement du jeu sordide auquel on voulait le contraindre.

Mais Michèle Alliot-Marie, dite MAM, « gaulliste du renouveau », a réussi, elle, à faire devenir, en deux coups de cuillère à pot, la diplomatie française la risée du monde entier, en mélangeant allègrement affaires « étrangères » et « étranges », ou d’ordre privé, avec son « excursion » tout à fait imprévue au pays du dictateur Ben Ali, en compagnie de ses dynamiques parents de 94 et 92 ans, accros au loto financier. Et François Fillon ne fut pas en reste avec ses vacances de fin d’année au pays du dictateur Moubarak, tandis que Nicolas Sarkozy allait se faire dorer la pilule chez notre ami (fils de l’ancien) le roi du Maroc.

(Lemonde.fr du 17.2.12. Le tag a été rajouté. Cliquer pour agrandir.)

Au fait, l’impayable trio de « décideurs » de la République était donc absent à la fin de l’année dernière ? Qui assurait la permanence à l’Elysée et à Matignon ? Imaginons un coup d’Etat militaire… Mais, en France, depuis le fameux « quarteron de généraux » soutiers de l’OAS, nous n’avons plus que des ganaches aux ordres et sans audace. Un jour, ils se sont exprimés dans la presse, sous pseudonyme, et puis sont illico rentrés dans le rang. Alain Juppé n’a rien à craindre de ce côté-là.

Mais dans quel pays démocratique les agissements (mensonges répétés, petits arrangements,  faveurs de toutes sortes…) et la myopie politique d’une MAM n’auraient-ils pas été sanctionnés immédiatement ? Pour la justice et la fort médiatique « affaire Laëtitia », on a vite trouvé un bouc émissaire. Pour les affaires étrangères, avec les palinodies du petit épicier de l’Elysée concernant Florence Cassez, c’est le désastre. On en viendrait presque à regretter un Bernard Kouchner s’il n’était, hélas, fort occupé à fourguer ses conseils purement désintéressés et « bénévoles » sur le système de santé en Guinée (merci à Pierre-Jean C.).

Non, les révoltes ont beau se succéder au Maghreb et au Moyen-Orient, et les « dominos » chuter les uns après les autres, la diplomatie foutaise regarde, contemple, se tient coi. Le changement a lieu sans que la France n’ait jamais rien anticipé, deviné, échafaudé : les affaires étrangères… étaient, avant tout, des affaires financières !

Combien de temps MAM restera-t-elle à ce poste qui devrait être pourtant stratégique ? Son sort semble désormais scellé, reste à définir la date de son « exfiltration » du gouvernement : après les élections cantonales qui devraient déjà donner un sérieux avertissement au pouvoir en place ?

En attendant, afin qu’elle puisse dissimuler son humeur maussade et cassante, L’Irréductible lui propose de se déplacer grâce à un moyen de transport sans ailes et aux vitres à moitié fumées :  là, au moins, elle ne risquerait pas d’être reconnue et vilipendée pour son incompétence crasse, ses intérêts particuliers (fermez la parentèle), son adhérence super-Glu au pouvoir et sa dérisoire autosatisfaction.

(Photo : Paris, Boulevard Saint-Martin le 16 février. Cliquer pour agrandir.)

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commentaires
  1. brigetoun dit :

    saine colère contre ces gens là
    J’ai porté le deuil le jour de l’élection, en me demandant en quel état la France sortirait de ce quinquennat – je n’ose plus y penser

    • Wanatoctoumi dit :

      ► brigetoun : j’ai craint, en mai 2007, que nous ayons hérité d’un autre Berlusconi… Nous avons eu pire : Berlusconi, lui, n’épouse pas ses hétaïres (ceci dit… ce sont elles qui le font chanter …) !

  2. JEA dit :

    Réponse du miroir à MAM :
    – « Abjection, votre déshonneur ! »

  3. @ brigetoun : on a compris dès la soirée du Fouquet’s, inauguration du règne !
    Il faudrait visser une plaque commémorative sur le mur de cet établissement ayant pour lointain patron Dominique Desseigne, invité à l’Elysée encore tout récemment.

    @ Wanatoctoumi : « Dolce Francia »…

    @ JEA : excellent !

  4. Dom A. dit :

    Et voilà !
    Encore de mauvais Hummer dès le matin.
    Mais cet engin lui collera bien : c’est une fan d’archéologie.

  5. Jean-Luc dit :

    Et puis dans ce beau véhicule, il y aura bien la place pour emmener toute la famille Ben Ali et celle d’Aziz Miled en Dordogne.
    Sauf peut-être si Ben Ali ne sort pas du coma (justice divine ?)

  6. @ Jean-Luc : l’aspect corbillard peut déjà aider.

  7. @ Sorcière : Invasion of the Body Snatchers

  8. soulef dit :

    Et le nouveau ambassadeur en Tunisie imposé sans passer par aucun protocole diplomatique !

    • @ soulef : Boris Boillon parle arabe (ce qui ne semble pas inutile là-bas) et a fait ses armes en Irak, il a en plus toute la confiance du Président et a déjà bénéficié d’un reportage à sa gloire sur France 2, il y a quelques semaines.

      Il vient de se rendre célèbre – renforçant ainsi la réputation de cette diplomatie foutaise – à la suite de sa conférence de presse, le 19 février, à Tunis (même si on le connaissait déjà en petite tenue).

  9. Trépignant de la Talonnette dit :

    Ce qu’il y a de surprenant dans les « révolutions » qui affectent les pays (dits) arabes, c’est qu’elles permettent, quand elles donnent l’impression d’aboutir, de mettre en congé maladie des dictateurs à fin de remplacement par un équivalent plus neuf et présentable.

    Une analogie me vient à l’esprit, celle des conséquences du discours de la Baule dans les années 80-90: Mitterand a nommé Son fils pour qu’il veille à l’absence de népotisme chez les dictateurs d’Afrique Subsaharienne (ils l’ont appelé papamadi). Au bout d’un certain temps (les choses se passaient moins vite qu’avec farce-bouc et le nain Ternet) , la comparaison a été faite avec les premières pluies, qui font lever les mauvaises herbes , les fragilisant et les rendant faciles à détecter et éliminer….

    Seul le Mali a réussi à devenir une démocratie (mais même en 86, on me disait que je pouvais dire ce que je voulais au Mali ; en Algèrie et au Niger, j’avais interet à coudre mes lèvres…) , comparable à la France actuelle pour ce qui est de la liberté de la presse.

  10. @ Trépignant de la Talonnette : honni soit qui Mali pense.

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