Libye : bye-bye, Kadhafi ?

Publié: 25 février 2011 dans Actualité
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« Livre deuxième

Le gouvernement

9.

La toute-puissance

Cet homme, oublions son 2 décembre, oublions son origine, voyons, qu’est-il comme capacité politique ? Voulez-vous le juger depuis huit mois qu’il règne ? regardez d’une part son pouvoir, d’autre part ses actes. Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être. Il n’eût, certes, pas effacé le crime du point de départ, mais il l’eût couvert. A force d’améliorations matérielles, il eût réussi peut-être à masquer à la nation son abaissement moral. Même, il faut le dire, pour un dictateur de génie, la chose n’était pas malaisée. Un certain nombre de problèmes sociaux, élaborés dans ces dernières années par plusieurs esprits robustes, semblaient mûrs et pouvaient recevoir, au grand profit et au grand contentement du peuple, des solutions actuelles et relatives. Louis Bonaparte n’a même pas paru s’en douter. Il n’en a abordé, il n’en a entrevu aucun. Il n’a même pas retrouvé à l’Elysée quelques vieux restes des méditations socialistes de Ham. Il a ajouté plusieurs crimes nouveaux à son premier crime, et en cela il a été logique.  Ces crimes exceptés, il n’a rien produit. Omnipotence complète, initiative nulle. Il a pris la France et n’en sait rien faire. En vérité, on est tenté de plaindre cet eunuque se débattant avec la toute-puissance.

Certes, ce dictateur s’agite, rendons-lui cette justice ; il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui  avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il se remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. Conversion des rentes ? où est le profit jusqu’à ce jour ? économie de dix-huit millions. Soit ; les rentiers les perdent, mais le président et le sénat, avec leurs deux dotations, les empochent, bénéfice pour la France : zéro. Crédit foncier ? les capitaux n’arrivent pas. Chemins de fer ? on les décrète, puis on les retire. Il en est de toutes ces choses comme des cités ouvrières. Louis Bonaparte souscrit, mais ne paye pas. Quant au budget, quant à ce budget contrôlé par les aveugles qui sont au conseil d’état et voté par les muets qui sont au corps législatif, l’abîme se fait dessous. Il n’y avait de possible et d’efficace qu’une grosse économie sur l’armée, deux cent mille soldats laissés dans leurs foyers, deux cent millions épargnés. Allez donc essayer de toucher à l’armée ! le soldat, qui redeviendrait libre, applaudirait ; mais que dirait l’officier ? et au fond, ce n’est pas le soldat, c’est l’officier qu’on caresse. Et puis, il faut garder Paris et Lyon, et toutes les villes, et, plus tard, quand on sera empereur, il faudra bien faire un peu la guerre à l’Europe ! Voyez le gouffre Si, des questions financières, on passe aux aux institutions politiques, oh ! là, les néo-bonapartistes s’épanouissent, là sont les créations ! Quelles créations, bon Dieu ! Une Constitution style Ravrio, nous venons de la contempler, ornée de palmettes et de cous de cygne, apportée à l’Elysée avec de vieux fauteuils dans les voitures du garde-meuble ; le sénat conservateur recousu et redoré, le conseil d’état de 1806 retapé et rebordé de quelques galons neufs ; le vieux corps législatif rajusté, recloué et repeint, avec Lainé de moins et Morny de plus ! pour liberté de la presse, le bureau de l’esprit public ; pour liberté individuelle, le ministère de la police. Toutes ces « institutions » – nous les avons passées en revue – ne sont autre chose que l’ancien meuble de salon de l’Empire. Battez, époussetez, ôtez les toiles d’araignée, éclaboussez le tout de taches de sang français, et vous avez l’établissement de 1852. Ce bric-à-brac gouverne la France. Voilà les créations ! Où est le bon sens ? où est la raison ? où est la vérité ? pas un côté sain de l’esprit contemporain qui ne soit heurté, pas une conquête juste de ce siècel qui ne soit jetée à terre et brisée. Toutes les extravagances devenues possibles. Ce que nous voyons depuis le 2 décembre, c’est le galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé. »

Victor Hugo, Napoléon le petit, 1852, J.-J. Pauvert éditeur, 1964 (collection Libertés n° 4, pages 83-85).

Ce texte historique n’a rien à voir avec la situation que nous connaissons à l’heure actuelle. Nicolas Sarkozy, après avoir reçu à Paris durant cinq jours, en décembre 2007, le dictateur Mouammar Kadhafi, s’allie maintenant en catastrophe avec Barack Obama pour demander « un arrêt immédiat de la force » en Libye. On découvre même qu’il pourrait s’agir là-bas de « crimes contre l’humanité » : une enquête va être lancée. Gloire au petit épicier (pas arabe) de l’Elysée !

(lemonde.fr du 24 février. Le tag a été rajouté. Cliquer pour agrandir.)

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commentaires
  1. PdB dit :

    Vous risquez de froisser une corporation entière qui ne vous a rien fait : celle des épiciers. Ce n’est pas joli joli… :°))

  2. @ PdB : non, le petit épicier de qualité ne saurait être confondu avec le margoulin, qui fait justement du tort à toute la profession.

  3. brigetoun dit :

    je trouve qu’il est tout mignon sur la photo notre leader illustrissime

  4. JEA dit :

    Photo : mais le président himself semble se chercher des poux dans la tête ?!?

  5. @ JEA : il aura confondu la Marie Rose avec MAM.

  6. jamais trop tard dit :

    C’est un grand champion , l’apôtre, des droits de l’homme et on l’ignorait!

  7. @ jamais trop tard : oui, c’est ce que les impertinents du « groupe de Tarnac » ont souligné hier dans une tribune du « Monde », nettement plus intéressante que le pesant testament de MAM.

  8. M dit :

    Sachant que le cortex préfrontal gauche est responsable de la sensation de sentiments positifs, il semble assez normal de chercher à l’activer par le gratouillis de la région surorbitale dans l’hypothèse d’une exposition à la démence pure et dure. De l’intérêt de sortir sans cache-théière intégré….

  9. M dit :

    De rien, Dominique. Vous avez votre carte Vitale?

  10. @ M : oui, mais pas avec photo (ancien modèle).

  11. Jean-Luc dit :

    Un texte admirable qu’on devrait lire chaque année dans les écoles !

  12. Sorcière dit :

    Face à l’extrême urgence à Tripoli, l’ONU et l’OTAN tergiversent en réunions successives … et je découvre que le neveu préféré de Ben Ali soigne sa déprime dans un quartier populaire de … Paris où il s’est installé !!!

  13. @ Sorcière : la France, terre d’accueil pour les réfugiés politiques.

  14. Dom A. dit :

    Oui c’est ça: il lui manque un chapelier. Je verrais bien une toque (à poils rats).

  15. @ Dom A. : Chabrol en avait fait un film…

  16. Désormière dit :

    Y a-t-il eu, depuis 2007 (et même un peu avant) un titre, dans les journaux écrits ou télévisés, dans les infos de la radio, qui nous ait fait chaud au coeur, ou rassurés, donnés confiance, ou rendus fiers du travail d’un gouvernement ou de son chef ? Une seule fois ? Je cherche. Je fais la revue des événements successifs qui ont fait la une et le buzz sur internet, et je suis écrasée par une avalanche de souvenirs pesants, pénibles, malsains, grossiers ; fatiguée par la vitrine du clinquant, rompue par l’annonce de lois tous azimuts, lassée des déclarations censées me faire peur de l’autre et des autres, des discours infantilisants, d’affaires au plus mauvais sens du terme, jusqu’au népotisme, jusqu’à l’incitation à la violence de la dénonciation, jusqu’à l’effondrement des relations internationales, inquiète de voir un chef d’Etat qui se veut caméléon et qui se cherche une stature et dit inlassablement, sous la pression de ses conseillers : « J’ai changé »…C’est comme une occupation, je me sens comme une zone occupée, engluée. Y a-t-il eu un seul moment qui nous ait réjoui et nous ait apporté une certaine paix ? Je cherche, je cherche.

    • @ Désormière : Oui, votre commentaire est si vrai : et le bilan est « globalement négatif », ceci dit par simple litote.

      Enfin, peut-être une bonne nouvelle concernant MAM, dont la tribune brosse-à-reluire pour Sarkozy, ce matin dans « Le Monde », n’aura pas suffi…

      • Désormière dit :

        Ne croyez-vous pas que que la vraie bonne nouvelle serait qu’ils partent tous ?

      • @ Désormière : oui, mais les signes s’accumulent. Ce n’est pas le testament de MAM dans « Le Monde » (voir mon commentaire publié à 9h.15) qui retardera cette dégringolade générale.

      • Sorcière dit :

        C’est Sarkozy qui dirige tout, c’est lui qui doit partir. Il n’a même pas conscience que le problème c’est lui. La personnalisation du pouvoir crée les mêmes dérives partout. Le départ de MAM ne masquera pas l’incompétence générale au pouvoir.

  17. Jean-Luc dit :

    @ Désormière :
    Notre victoire contre l’invasion des Roms ?

    • @ Sorcière : bien sûr, mais ceci est un nouveau signe de la décrépitude du gouvernement qu’il a lui-même choisi. Les élections présidentielles – ou un autre événement avant ? – le sanctionneront à son tour.

  18. jamais trop tard dit :

    Le neveu dit peut-être vrai quand il affirme vivre modestement et bosser comme un dingue , après tout iln’est pas responsable des abus de ses parentés -dont il a dû certes profier??
    En tout cas on ne pourra pa sreprocher à notre grand Guide d’utiliser un jet de la république pour se rendre chez l’élue de son coeur dans le 16ème ou à nouilli, c’est tout de même très respectable et courageux de sa part

    • @ jamais trop tard : vous parlez de François Fillon ? Ce ne sont que des raisons de sécurité qui expliquent cette compulsion aérienne (on ignorait que sa femme voyageant seule méritait également ces précautions-là).

  19. jamais trop tard dit :

    Désormière
    les 172% d’augmentation et autres mesures « indispensables » visaient à accroître la transparence sur les dépenses de la cour démocratiquement élue par 53% de lumières, n’est-ce pas un geste magnanime envers la populace?

  20. Le Président des présidents en compagnie du Roi des rois. Hugo aurait-il vu juste s’il avait écrit, ces jours derniers, ce bout de phrase sur un chiffon de papier, en guise de notes pour une biographie présidentielle : rendons-lui cette justice ; il ne reste pas un moment tranquille […]

  21. @ Pierre Chantelois : Hugo était forcément un visionnaire !

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