Dostoïevski de passage ?

Publié: 11 mars 2011 dans Fiction
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« Nous cherchons partout l’absolu et ne trouvons jamais que des choses. »

Novalis, Grains de pollen, in La légende dispersée, Anthologie du romantisme allemand préfacée et composée par Jean-Christophe Bailly, Union générale d’éditions 1976 (10 x 18 n° 1099, page 90).

(Photo : cliquer pour agrandir.)

Je sais où il dort, je le vois parfois rentrer chez lui, après un long regard à gauche et à droite, comme s’il se sentait suivi. Il me fait penser un peu à Dostoïevski, je ne sais pas trop pourquoi.

Derrière sa silhouette, contrairement à Peter Schlemihl, le héros de Chamisso, son ombre est bien présente quand le soleil darde, le 8 mars, au-dessus du canal Saint-Martin à Paris (Xème).

Ses pensées doivent être sans doute mouvantes mais il sait au moins où il se trouve : il surplombe l’eau magnétique et son univers paraît tenu en bandoulière.

(Photo : cliquer pour agrandir.)

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commentaires
  1. brigetoun dit :

    et il a un très beau manteau – mais un air un peu sauvage très dostoïevskien, peut être à cause de la folle barbe qu’aime le soleil, ou des épaules courbes.
    Il inspire en tout cas mots et très belle photo d’ombre et lumière

  2. @ brigetoun : c’était la première fois que je le voyais d’aussi près.

  3. JEA dit :

    SUPERBE photo sur un sujet si triste.

  4. @ JEA : simple hasard mais quelqu’un que je connais de vue.

  5. PdB dit :

    La passerelle où naguère ils se donnaient un baiser… Ah Paris…!

    • @ PdB : il en passe, des passants sur la passerelle…

      @ lindesve : question d’interprétation (libre).

      @ Idza : question, en effet.

      @ Dominique Boudou : elle est bien cachée.

      @ Clafoutis : animées ou pas…

      @ Pierre Chantelois : un air de ressemblance si on veut.

      @ PhA : des « âmes mortes », mais ce serait alors plutôt Gogol.

  6. lindesve dit :

    Sur la photo on dirait plutôt Raskolnikov, l’homme au couteau de crime et châtiment

  7. ldza dit :

    L’âge indéfinissable de ceux qui ont tout* perdu – si tant est qu’ils eurent quelque chose à perdre.
    * Tout ?

  8. La ressemblance est frappante mais je ne reconnais pas la Neva ; je vais chercher mes lunettes.

  9. Clafoutis dit :

    « « Nous cherchons partout l’absolu et ne trouvons jamais que des choses. » »
    Novalis.
    On pourrait l’attribuer à Perec.

  10. Je vois dans cette personne à l’allure tristounette une belle noblesse. Il aurait pu en effet personnifier Feodor Mikhailovich Dostoïevski, le cœur le plus profond, « la plus grande conscience du monde moderne », comme le définissait André Suarès.

  11. PhA dit :

    Qui ne croit pas aux fantômes ?

  12. M dit :

    Me vient le souvenir d’Arthur Rimbaud, non pour l’image de Verlaine vieillissant, (quoique sur la fin.. ) mais pour le titre d’un poème (en fait une parodie provocatrice qu’il attribue dans l’Album Zutique à François Coppée ! ):

     » Les remembrances du vieillard ».

    Je ne mets pas de lien, de peur qu’ici ne passe un enfant…

  13. @ M : tu en as trop dit… Ainsi, François Coppée nous surprendrait toujours (Jean-François Copé est peu poétique).

  14. Sorcière dit :

    « eau magnétique » … comme l’onde
    Joli texte à propos d’une jolie photo empreinte de dignité.

  15. Quotiriens dit :

    Nous avons affaire à un faux semblant, me semble-t-il.
    De loin, nous hésitons entre SDF (barbe à l’envie, dos voûté aux intempéries de toutes sortes, recroquevillé dans son monde contre celui qui l’entoure), écrivain au-moins russe (Dostoïevski, Tolstoï, mâtiné de Raspoutine) poursuivi par ses fantômes..
    Mais de plus près, quel contraste ! Manteau classe et aspect neuf (en tweed ?), gants en cuir, sacoches de luxe, pantalon et chaussures de marcheur, le tout flambant neuf et tombant parfaitement.
    Alors, à chacun d’inventer sa petite histoire…
    Prenez votre respiration :
    La mienne commence par le défilé, au fil des eaux troubles du canal, de souvenirs ; ceux de l’ingénieur des Ponts-et-Chaussées, jadis, aujourd’hui parkinsonien atonique, qui avait, à l’époque, participé à la construction de la passerelle et de l’écluse, maintenant hantée par la femme (celle sur fond saumon) qu’il a aimée et qui parfume toujours son esprit, celle dont les yeux avaient ce vert moiré qui le fascine tant, sous la surface de l’eau.
    Seul trouble dans sa quiétude figée, le paparazz-stique qui lui tourne autour en le mitraillant avec son appareil photo (mais qui sans lui n’aurait pas d’existence)…

  16. gballand dit :

    Belle image que celle de l’univers « tenu en bandoulière », comme s’il essayait de maîtriser quelque chose dans sa vie et qu’il commençait justement par ce qu’il ne pouvait maîtriser…

  17. @ Quotiriens : oui, un personnage pour s’inventer des tas d’histoires comme vous le faites avec brio, ici ou sur votre blog.

  18. @ Sorcière : je vous vois le survoler sans bruit…

  19. lignes bleues dit :

    une magnifique photo où tout est suggéré plus que dit, et nous pouvons toujours parler, c’est sa vie propre, et nous bavardons pour ne rien dire vraiment ; une photo métaphysique plus que sociale

  20. @ lignes bleues : « photo métaphysique », c’est trop d’honneur mais j’y vois une allusion aussi à Chirico, merci !

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