Encore un couronnement à Saint-Denis

Publié: 12 mars 2011 dans Théâtre
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Et la magie opéra : Le Couronnement de Poppée, de Monteverdi, représenté en ce moment au théâtre Gérard-Philippe (Jérôme Garcin l’a-t-il vu ?) de Saint-Denis (93) est un spectacle en chanteurs, en danseurs et acteurs tous formidables.

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La musique de l’Italien (1642), dirigée par Jérôme Corréas, est d’une finesse incroyable, un rythme doux et sautillant à la fois : violons, violes de gambe, violoncelle, contrebasse, harpe, théorbe et guitare, clavecin et orgue forment un ensemble unique, une caresse permanente pour l’oreille.

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Le texte d’époque (Monteverdi avec Francesco Cavalli et Francesco Sacrati) a été traduit d’une manière si élégante (sous-titres projetés en haut du cadre) et la mise en scène de Christophe Rauck expose une exquise approche du monde et des luttes du pouvoir et de l’amour – un sujet toujours d’actualité – avec une inventivité perpétuelle (le fauteuil roulant de la première partie, la Vespa de la seconde).

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Hier soir, cette salle d’apparence quelconque offrait une acoustique extraordinaire : occasion d’entendre la puissance et l’harmonie des voix (sopranos, ténors, contre-ténors, basses), sans micros, se mariant avec les instruments baroques des musiciens dans la petite fosse d’orchestre.

Souvent le tremblement des pas faisait penser à la catastrophe du matin et la musique renvoyait alors un autre écho funéraire.

Mais ici Néron, interprété par une femme, finit par répudier Octavie au profit de sa douce Poppée, Sénèque recevra « l’ordre de mourir », Othon, l’assassin raté de l’amante de l’empereur sera grâcié et exilé avec celle, Drusilla, qui devait être son bras sanglant. Le couronnement de Poppée aura lieu (à Saint-Denis).

Sur une trame aussi fragile, le livret est d’une beauté cinglante, et les mots poignardent vivement ou aimablement quand ils sont modulés et répétés avec tant de grâce – « chantons et jouissons », telle est la philosophie de l’affaire.

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La pièce dure trois heures dix avec un entracte. Mais si elle se déroulait durant six heures vingt, elle serait autant l’objet de notre admiration.

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Après le spectacle, au bar-restaurant du « TGP », les acteurs sont là : Poppée boit une bière au goulot, Sénèque s’est pointé avec son chien, Drusilla embrasse son compagnon qui ne s’appelle sûrement pas Othon, et la jolie brune qui escaladait le scooter (voir la vidéo) a gardé ses cheveux noirs tirés en arrière.

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commentaires
  1. M dit :

    De Coppée/Copé à Poppée, belle ascension.

  2. brigetoun dit :

    j’étais déjà dans le regret de ne pas voir et entendre avant ce billet – ça n’arrange pas, mais compense un peu

  3. @ M : la collusion est fortuite !

    @ brigetoun : je viens juste de rajouter un lien musical au début mais vous avez aussi la vidéo de la fin…

  4. M dit :

    Pas si fortuite: c’est la littérature qui fait le lien

  5. @ M : les mots pour le chanter…

  6. Bel enthousiasme et beau rapport. Corréas a fait un (sacré) chemin !
    C’est sans doute hors-sujet mais la Seine-saint-Denis est un remarquable exemple de la thatchérisation des dernières années, sur le plan budgétaire et, plus gravement, social.
    Le métro conduit au TGP comme, autrefois, on allait à Berlin-Ouest.

  7. @ Dominique Autrou : le métro n’est pas tout prêt du théâtre (c’est plus pratique pour aller visiter la basilique), il faut juste emprunter la rue piétonne de la République, mais je n’ai pas eu à franchir de mur.

  8. JEA dit :

    Autre théâtre des exploits de GP : Damme…

  9. Ambre dit :

    J’allais vous dire – avant d’avoir vu la vidéo – que votre enthousiasme donnait très envie de… voir cet opéra et, après avoir vu la vidéo ça donne doublement… envie:)
    J’ai toujours pensé que le smoking pouvait rendre les femmes très sensuelles.

  10. JEA dit :

    Thyl Ulenspiegel… ou l’espiègle. Un film de 1956. Damme se repose le long d’un superbe canal venant de Brugges et s’arrêtant à la frontière hollandaise.

  11. @ JEA (15h.49) : merci, je me souviens de ce film joyeux et bondissant.

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