Cranach, la beauté du grain

Publié: 14 mars 2011 dans Expositions
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L’exposition Cranach et son temps, au musée du Luxembourg à Paris (6e), s’est ouverte le 9 février et se poursuit jusqu’au 23 mai. Hier, vers 16 heures, les billets pris sur Internet permettaient de doubler la file d’attente et de parcourir les salles où sont exposés les magnifiques tableaux de Lucas Cranach l’Ancien, sans qu’une foule énorme, comme on pouvait le craindre, empêche de s’approcher d’eux pour en admirer jusqu’à la beauté du grain.

(Photo : cliquer pour agrandir.)

Mais tout est visible ici.

En dehors des œuvres les plus connues comme son Autoportrait (1531), l’Allégorie de la Justice (1537), ou ses nus graciles, gracieux et audacieux pour l’époque, j’ai noté, par exemple, la présence d’un certain Mélanchthon, moins bavard que le nôtre, et puis, pour leur originalité et leur puissance, Hercule chez Omphale (1537), Les Amants mal assortis (1522), La Bouche de la vérité (1525-1530), le Portrait idéalisé d’une jeune femme, vers 1530.

Mais la toile qui m’a le plus emballé est celle intitulée La Mélancolie (1532) : avec cette si jolie blonde en rouge et noir qui taille un bâton avec un couteau, près d’elle se tient un chien couché, et une sorte de boule mystérieuse se trouve posée sur le sol à côté d’une table basse aux pieds dans une perspective légèrement décalée, deux oiseaux semblent se faire la conversation, et trois enfants montrent leur surprise tandis que derrière eux – comme un tableau dans le tableau – un autre enfant bouge sur une balançoire alors que des sorcières jouent la sarabande dans l’air. Une ouverture dans le mur droit donne sur un autre ciel, prolongement de celui de la scène elle-même.

(Scan : La Mélancolie. Cliquer pour agrandir.)

Tout ceci peut paraître tellement dérisoire au moment où la population du Japon subit une immense catastrophe (sismique, tsunamique et nucléaire…) indescriptible.

Mais l’art est peut-être l’une des dernières chances de l’existence.

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commentaires
  1. la bacchante dit :

    Y suis allée un matin, juste avant l’ouverture. Il n’y avait personne!!
    J’aime ces voiles qui dévoilent les corps plus que s’ils étaient nus.
    Ai continué par le Louvre pour admirer Les trois Grâces du même: exposées comme de nouvelles Joconde. Dommage!

  2. @ la bacchante : oui, quelle finesse que ces voiles.
    Je connais une généreuse donatrice qui a ouvré pour le retour… en grâce du fameux tableau. Ce sera pour une autre fois.

  3. brigetoun dit :

    chance d’avoir pu y aller avant l’ouverture –
    l’art est certainement une raison de croire en la vie, c’est une de ses raisons d’être, ce qui en fait un besoin y compris pour les créateurs, non ?

  4. JEA dit :

    Un billet qui offre du grain à moudre…

  5. @ JEA : le rapport à l’actualité est hélas impitoyable.

  6. lindesve dit :

    Merci de me rappeler l’expo. Quand on supprimera le Sénat faudra garder le Musée du Luxembourg. J’y ai vu des belles expos mais des fois j’y suis allé le samedi. Erreur, le musée est trop petit. Cranac’h c’était ma priorité après Monet, mais ma femme se fait tirer l’oreille parce qu’elle ne connaît pas, a moins que ce ne soit l’affiche qui ne doit pas faire réagir de la même façon les hommes et les femmes. Si je ne me trompe pas, c’est bien Le Louvre qui vient d’acheter il y a quelques mois, un tableau de Cranac’h avec trois grâces dont l’une porte un magnifique chapeau. Un très belle acquisition permise avec l’aide de mécènes inconnus. Pas des Zaccharias comme pour la réfection de la galerie des glaces. Il va falloir que je me réveille pour aller la voir, sinon je vais encore louper une belle expo.

  7. M dit :

    Je me jure au moins une fois par an de ne plus me laisser avoir par les expositions du musée du Luxembourg (le rapport prix du billet/nombre et intérêt des tableaux/affluence du public dans les salles étant en général déplorable).
    Il faut croire que je ferai une exception… Mais que j’envie cet ami qui allant à Rome début janvier a pu visiter cette même exposition conjointement aux collections de la Galleria Borghese!

  8. gballand dit :

    La description que vous faites du tableau me donne une idée de départ – ou d’arrivée – pour un cours. Merci.

  9. @ gballand : je vais donc aller voir des expos tous les jours de la semaine !

  10. PdB dit :

    je ressens les deux : la vie vaut-elle vraiment d’être vécue ? Et l’art y aide-t-il ? Et puis , oui, la vie est belle, c’est le printemps, il fait doux, un Zeppelin teste l’air de Paris, le soleil brille… Alors, le Japon, oui, la Libye aussi, des horreurs oui, sur le monde par la nature, par les hommes… Ah se boucher les yeux et les oreilles, ne vivre que pour son illusion, ses imaginaires, quel supplice… (paradoxe que tout ça, nous vivons et nous vivons encore…) (en tout cas, merci pour Mozart…)

  11. Sophie K. dit :

    Oui, l’art est la dernière liberté. Très surréaliste, la Mélancolie…

  12. @ Sophie K. : il y a un côté Chirico avec l’ouverture dans le mur.

  13. Jean-Marie dit :

    Pour être aller voir, il y a quelques années, une exposition sur Fra Angelico (si j’ai bonne mémoire, ce dont je ne suis pas sûr du tout) au musée du Luxembourg, je m’étais promis de ne jamais y retourner tellement j’avais été révulsé par le mercantilisme ambiant et l’exiguité des espaces.
    Dois-je revenir sur mes promesses ?

  14. @ Jean-Marie :

    – « mercantilisme ambiant » => entrées à 11 euros ou 7,50 euros (tarif réduit) et l’achat du catalogue ou de cartes postales à la sortie n’est pas obligatoire ;
    – « exiguïté des espaces » => comme il n’y a pas 2 457 toiles présentées, les salles de dimension moyenne sont tout à fait adaptées (et la régulation des groupes de visiteurs fort bien agencée) à la contemplation tranquille des tableaux.

    Oui, tu dois revenir sur tes promesses.

  15. Sorcière dit :

    Ange ou démon cette mélancolie ? 😉

  16. PhA dit :

    J’aurais dû venir avec mon luth constellé.

  17. @ PhA : tu es poète, ton instrument ne sonnera pas au détecteur de métal du vigile à l’entrée.

  18. caro_carito dit :

    J’aime le symbolisme dans ce tableau. J’ai apprécié les tableaux et la finesse des détails, un village en arrière plan, un visage dans une foule qui s’affronte.

    Qu’ils soient 5000, 10000, ou même un seul, la mort et la fragilité de nos vies sont toujours présentes. L’art nous offre ce petit quelque chose qui donne sens à ces deux dates d’arrivée et départ.

  19. caro_carito dit :

    J’ai vu l’expo vendredi. J’apprécie Cranach depuis toute jeune. D’ailleurs une carte de Lucrèce se tient sur mon bureau.

  20. @ caro_carito : je l’ai donc vue deux jours après vous.

  21. […] : Cranach, la beauté du grain – Butoh (Buto) Sankai Juku – Le son de pi ; à ne pas manquer ! Et, en effet : […]

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