Gilles de Rais et l’Arquémie

Publié: 19 avril 2011 dans Voyages
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« Confins, lisières, frontières, effectivement, sont des lieux qui m’attirent en imagination : ce sont des lieux sous tension, et peut-être cette tension est-elle – matérialisée, localisée – l’équivalent de ce qu’est la tension latente entre ses personnages pour un romancier psychologue : un stimulant imaginatif initial. Il arrive le plus souvent que les personnages, dans mes romans, soient eux-mêmes mis, par rapport à la société, dans une situation de « lisière », par une guerre, par des vacances, par une mise en disponibilité quelconque. De sorte que cette mise sous tension du lieu de l’action mobilise plus décisivement des personnages qui sont eux-mêmes désancrés : c’est du moins l’idée que je m’en fais. Le magnétisme ne meut qu’une aiguille dont le pivot est aussi immatériel, aussi lâche que possible ; à l’origine, on la plaçait sur un fétu de paille flottant sur de l’eau. »

Julien Gracq, Entretiens, José Corti, 2002 (page 171).

La petite ville – sa forme – de Champtocé (Maine-et-Loire) n’est pas loin de Chalonnes où l’on gîtait, il semblait alors intéressant d’aller voir les ruines demeurant d’un château qui n’était pas d’Argol.

C’est là, dit-on, que Gilles de Rais naquit en 1404.

On traverse le pont, on arrive à Ingrandes, et puis c’est bientôt le lieu supposé (à rebours) qui donna vie à l’odieux personnage, compagnon de Jeanne d’Arc, en fin de compte pendu puis jeté dans les flammes du bûcher avant elle.

(Photos : cliquer pour agrandir.)

L’Histoire s’est emparée du saigneur de Tiffauges. Georges Bataille (voir ici un site amusant), Michel Tournier ont écrit sur le mythe.

(Photos : cliquer pour agrandir.)

« Deuxièmement, pour les véritables alchimistes en quête de pierre philosophale, l’arquémie est considérée comme une pratique vulgaire qui consiste à transmuter les métaux vils en or. Il serait alors compréhensible que Jacques Cœur cherche à stopper des pratiques « inférieures » à la noble alchimie qui est consacrée à la recherche de la Pierre Philosophale ou de la Médecine universelle, les deux étant parfois confondues. »

(Photos : cliquer pour agrandir.)

Ainsi, l’Arquémie ne serait pas ce que de vains esprits croient s’ils se fient à telle ou telle inscription touristique.

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commentaires
  1. JEA dit :

    Gide aurait-il aussi pensé à Gilles en couchant noir sur blanc ses Faux Monnayeurs ?

  2. @ JEA : leurs ravages furent un peu plus littéraires…

  3. brigetoun dit :

    goûter (de pain et de chocolat) à Tiffauges, aider à la restauration ou y assister : j’avais fascination effarée pour Gilles, il y a longues années, et surtout goût pour les pierres restantes

  4. Dom A. dit :

    La philosophale dans le boudoir. Brrr…

  5. @ Dom A. : ces châteaux laissent passer des courants d’air en pierre.

  6. Sophie K. dit :

    Avec effroi, quand on lit l’histoire du Barbe Bleue de Champtocé, on constate que ce ne sont pas ses crimes eux-mêmes qui l’ont perdu, mais son goût frénétique des fastes et de la dépense. C’était le personnage le plus riche de la cour de Charles VII. Tant qu’il est resté riche, donc puissant, personne n’a trop mis le nez dans ses affaires. Dès qu’il s’est appauvri (cherchant le moyen, entre autres, de transmuter le plomb en or, et guerroyant contre ses voisins pour reprendre des terres qu’il leur avait vendues), on a pu le coincer, ses crimes devenant soudain un levier fort intéressant pour ceux qui cherchaient à le dépouiller.
    Enfin bref. A noter que ce salopard n’a pas été brûlé après avoir été pendu : ses proches avaient demandé qu’on ôte tout de suite son corps des flammes pour pouvoir l’enterrer dignement. (Ses excuses publiques et son rang ont dû jouer. Ce ne fut pas le cas pour ses complices.)
    Les ruines sont impressionnantes…

  7. @ Sophie K. : Disons que son corps a été quelque peu « léché » par les flammes, si l’on en croit Wikipédia :
    « Le lendemain matin, le 26 octobre 1440, après une messe à la cathédrale Saint-Pierre de Nantes, l’exécution est accomplie, selon les sources, en prairie de Biesse ou sur le site actuel de l’Hôtel-Dieu. Tandis que ses valets, Poitou et Henriet, sont laissés sur le bûcher, le corps de Gilles de Rais en est retiré, avant d’être trop abîmé par les flammes ».

  8. Sophie K. dit :

    Ah, je n’avais pas lu tes liens, pardon, j’ai fait une redite, du coup, hahaha !
    (Merci pour la correction !) :0)

  9. Sophie K. dit :

    (Il faut lire aussi le Là-bas de Huysmans, à ce propos…)

  10. Sophie K. dit :

    Mouhahahahaha ! Décidément ! (Je me suis noyée dans ton lien sur l’alchimie, pardon…)

  11. @ Sophie K. : le lien sous le mot « l’odieux » est rigolo surtout dès la page d’accueil… là, je l’ai mis directement, « à rebours », vers Huysmans. S’y noyer est logique.

  12. PdB dit :

    Ce type-là est une vraie catastrophe… (joli travelling de pont, en tout cas)

  13. Désormière dit :

    La tour en ruines, Josquin Des Prez, quelques citations et incitations, vous savez recréer une ambiance. Et pourtant le serial killer n’est pas loin.

  14. @ PdB : traduire le nombre de secondes en mètres pour avoir une idée de la largeur du fleuve à cet endroit.

  15. @ Désormière : heureusement, un panneau nous prévient dûment de la dangerosité de l’endroit…

  16. Sorcière dit :

    Le must c’est tout de même ça :

    « en novembre 1992, un tribunal composé d’anciens ministres, de parlementaires et d’experts s’est réuni au Sénat pour se livrer à une révision du procès de Gilles de Rais, laquelle révision a abouti à son acquittement. Ce jugement n’a qu’une valeur indicative, aucune juridiction constituée n’étant compétente pour réviser un procès du XVe siècle. »

  17. Zoë Lucider dit :

    Tournier a donné le nom d’Abel Tiffauges à son personnage « le roi des Aulnes », un livre qui m’avait fortement impressionné. Gilles de Rais semble l’avoir beaucoup obsédé.

  18. @ Zoë Lucider : oui, on s’en souvient tous. Je l’avais en « Poche » mais ne l’ai pas retrouvé…

  19. Quotiriens dit :

    De protecteur de la pucelle à arracheur de coeur d’enfants, un long chemin qui sent le soufre, pour aboutir dans des oubliettes sordides.
    L’homme qui se prend pour le Diable est souvent aussi pitoyable et cruel que celui qui se prend pour Dieu.
    (ps. faites réviser les amortisseurs…)

  20. @ Quotiriens : Ce pont a peut-être été défoncé par des hordes à cheval.

    • lignes bleues dit :

      camarades, j’avoue que je ne vous suis pas dans le débat sur le sort du cadavre, brûlé, pas brûlé, léché parles flammes… un peu primitif ça non ? Badinter, au secours ! Ce qui est bien avec les livres qu’on aime, poche ou pas poche, c’est qu’on les prête…et qu’on ne les retrouve jamais

  21. lignes bleues dit :

    je crains que le « à certaines époques » ne soit superflu…

  22. […] et culture : Gilles de Rais et l’Arquémie – De l’art de la rue aux vernissages – Namibie – Fresques de la Basilique […]

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