François Mitterrand déferle

Publié: 10 mai 2011 dans Histoire
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Aujourd’hui, trente ans déjà (mais nous ne nous sentons pas pour autant l’âme d’anciens combattants) que le 10 mai 1981 s’est produit et avait propulsé – divine surprise ! – François Mitterrand à la tête de l’Etat.

L’autre jour, j’ai acheté le Hors-série de Libération, daté 10 mai 2011 : plaisir de retrouver l’invention dans les « unes », non encore calibrées par le conformisme ambiant. La « droite sociale » à la Wauquiez n’osait pas encore bouger les oreilles.

Voici juste ci-dessous un mini-patchwork, quelques breloques conservées, je n’ai pas le temps de rechercher les photos en noir et blanc que j’avais faites rue Soufflot (hommage sincère au Panthéon), et où j’étais dans la foule en compagnie de l’ami P.-J. C., en ce jour historique, quand la gauche signifiait quelque chose de fort : un engagement, un espoir, un horizon de joie.

Oui, j’ai serré plusieurs fois la main de François Mitterrand et lui ai même adressé la parole : je m’en souviens certainement plus que lui-même.

Ce soir, images à foison sur les écrans plats, convexes ou complexes – et tant pis pour les esprits ignorants, chagrins, sceptiques ou dénigrants : « Je crois aux forces de l’esprit, je ne vous quitterai pas. » (Vœux télévisés du président de la République d’alors, le soir du 31 décembre 1994).

(Scan : cliquer pour agrandir.)


(Barbara, Regarde, octobre-novembre 1981, Pantin)

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commentaires
  1. JEA dit :

    A titre de comparaison, sur son site, Solko accuse Mitterrand de… manquer de culture. Et accorde cette leçon à peine suffisante :
    – « Quel fut le dernier président de la République réellement cultivé, au sens où l’épisode de la Princesse de Clèves et de Sarkozy le laisse entendre, c’est-à-dire maîtrisant ses humanitas ?
    Je crois pouvoir affirmer qu’il faut remonter loin, jusqu’au seul à avoir laissé une anthologie de la poésie française et à avoir pris un risque en matière d’innovation culturelle avec Beaubourg, je veux dire Georges Pompidou.
    Son successeur, Giscard, qui ne savait causer que de Maupassant et d’accordéon, eut beau commettre quelques mauvais romans et finir à l’Académie Française ; il fit sur ce terrain-là pale figure à ses côtés.
    Quant à Mitterrand, Regis Debray qui le connaissait bien eut un jour cette parole assez juste sur sa prétendue culture : « c’est une culture de la basoche ».
    On peut rire en effet de la Rollex de Séguéla, du Fouquet’s de Sarkozy, et à présent de la Porsche de Strauss-Kahn, mais convenons que le premier geste réellement bling-bling d’un président de la République Française fut quand même cette entrée ridicule au Panthéon de son vivant, une rose à la main, un matin de mai 81, dont Serge Moati et tous les nostalgiques vont nous dire demain que ça, oui, c’était de l’Histoire. De la momification de grenouille, voulez-vous dire… Sans parler des commémorations de la Révolution de 1789, triomphe de la société du spectacle et de la monarchie républicaine. »

    • @ JEA : je m’attendais à ce type de flèche qui fait « pale figure » (sic) dans la « République Française » (re-sic) par rapport à d’autres. Régis Debray est heureusement sorti un jour de sa geôle et puis est entré à l’Académie Goncourt, là où la culture accommodée façon Drouant est servie chaque fin d’année.

      Dommage que vous repreniez ici ce genre de petite attaque. Dire au pseudonommé de ne pas confondre fâcheusement « humanitas » avec Fantômas.

  2. brigetoun dit :

    une autre sorte de blingbling qui avait au moins ambition de meilleur aloi – et si nous avons été trompés c’était en croyant à des idées généreuses
    (et cette joie ce soir là ! intérieure, pas de Bastille pour moi, juste marcher en dansant des Champs Elysées; où l’avais appris au studio Publicis du rond-point, jusque dans mon 11ème)

  3. lignes bleues dit :

    of, ça fait du bien de temps en temps d’oser le ridicule (JEA) mais il y avait, j’ose le croire, une vraie sincérité, une émotion, une naïveté sans doute. Trompés (Bridgetoun) ? naïfs, encore, sur les vertus de la politique. Dominique, si je puis me permettre, ne faudrait-il pas compléter votre phrase : « …je m’en souviens certainement plus que lui-même » par « plus que lui-même ne s’en est souvenu » . Aujourd’hui, je doute qu’il se souvienne de grand chose, mais bon, peut-être faut-il croire aux forces des esprits (:-)

  4. PdB dit :

    @jea : la rollex, le fouquet’s, la porsche, ça ne me fait pas rire, mais vomir : il en est toujours ainsi avec l’ignoble, désolé.
    Quoiqu’on puisse en déblatérer à présent, c’était de la vraie joie, peut-être fugace-quelques années, au plus-, il y a trente ans, après ces éteignoirs qu’avaient été pompe (à fric) et crâne d’oeuf (renifleurs)… Si on veut oublier, c’est très bien aussi… En tout cas, je ne vais pas à la bastille ce soir, non merci.

    • JEA dit :

      S’il était possible de ne pas me confondre avec Solko et sa prétention à prouver que Mitterrand aurait manqué de… culture.
      Les citations de son blog illustrent uniquement l’allergie toujours entretenue par une très droite mondaine vis-à-vis d’un processus élementaire dans d’autres démocraties : les alternances politiques.

      • @ JEA : vraiment désolé pour cette mauvaise interprétation mais votre phrase « Et accorde cette formule à peine suffisante » pouvait laissait penser – ce qui m’a étonné de votre part ! – que vous étiez d’accord avec cette citation pour laquelle vous faisiez une pub légèrement incompréhensible.

        L’ambiguïté est donc levée et tout votre blog témoigne d’ailleurs, forcément, dans le sens qui nous réunit.

      • PdB dit :

        j’ai trouvé comme l’irréductible que votre commentaire prêtait à confusion, et du coup, me voilà un peu désolé (quoique qualifier de bling bling l’entrée au panthéon est assez désuet (savez-vous que pour chaque plan, un assistant de moatti tendait une nouvelle rose à tonton afin qu’il apparaisse de belle manière et toujours fleuri de frais ? Ce ne me semble pas du bling bling, mais un artisanat de très jolie facture…) (hein).

  5. @ PdB : reste à recevoir le tombereau du bilan de François Mitterrand (on connaît l’Histoire, nous aussi) établi à sens unique par la droite, avec le Mougeotte du Figaro (mais je ne suis pas abonné) en avant-garde, si l’on ose dire.

  6. Ceriat dit :

    Je crains fort qu’ils nous ressortent Mitterrand uniquement comme fanion de la gauche qui manque cruellement d’un leader. Il avait si bien incarné la « rose ».

  7. Dom A. dit :

    Chacun garde son souvenir attendri (et plus ou moins proche, géographiquement…) mais l’espoir était débordant, bouleversant, au-delà peut-être de ce qu’entendait le principal intéressé.
    La culture, bien sûr, mais qui n’était pas un peu, à l’époque, cultivé (c’est-à-dire autre chose qu’un Wikipédia ambulant)?
    La phrase des voeux, dans son contexte ou sortie de celui-ci, est un « éclair blanc », comme dans un après-midi d’été.

  8. @ Ceriat : la presse est principalement aux mains d’horticulteurs sans gants.

  9. @ Dom A. : oui, certains voeux sont plus que pieux (merci pour ton commentaire). Certains articles font preuve d’une distinction qui met du baume au coeur.

  10. Désormière dit :

    Je suis précisément à l’écoute de l’émission de France Culture, à propos du 10 mai 1981 et je ris en écoutant les commentaires de la droite d’alors, promettant à la France une catastrophe imminente et le remords prochain pour ceux qui avaient voté pour François Mitterrand (prononcé la plupart du temps « Mitran » !!!). La mauvaise foi est parfois comique. Elle l’était, elle continue de l’être. Ce que je note aujourd’hui, c’est que la simple haine de l’homme sert de prétexte à dénigrer une politique et un parti, au-delà du temps, au-delà de la mort. Pour ma part, ce que je retiens, c’est que cet homme-là choisit un certain Badinter pour être garde des sceaux ( et pas une jolie fille en bas résille qui avait obtenu ses maigres diplômes à l’arraché). Cela pourrait presque me suffire.

    • @ Désormière : oui, l’Histoire bégaie, et un petit marquis comme Laurent Wauquiez en est encore l’illustration récente et dégobillante.

      Robert Badinter, bel exemple du choix juste, laissons les roquets aboyer – magnifique photo N & B sur une plage des Landes (Diego Goldberg, Corbis) de « Libé » en « une » ce matin avec le titre : « Trente ans après Mitterrand, Le droit d’inventer ».

      La haine de quelqu’un qui ne faisait pas partie de « leur » milieu de nantis – comme le « gnome roi« , ainsi que l’a qualifié magistralement Dom A. hier – et le ressassement ad nauseam des erreurs (Vichy, Algérie, Bousquet, la fille cachée, etc.) – tout cela au détriment de la mise en valeur des avancées humanistes et sociales et de l’idée même de gauche (voir sa définition dans ce « Libé » papier par Marguerite Duras, page 28).

      Sans doute ce retour à une période historique est-il « ringard », à l’heure du CAC 40 triomphant et de la mondialisation galopante, sur la monture de laquelle Sarkozy a du mal à tenir les rênes (il devrait demander des leçons d’équitation à Eric Woerth ou à sa femme).

  11. pepino dit :

    eh oui, c’est pas souvent que la gauche préside
    évidemment le sabotage, fuite de capitaux compris, ne s’est pas fait attendre
    on peut espérer que ça se passera différemment la prochaine fois, tant de gens en ont tellement marre de la mafia, décomplexée en plus!

  12. Donnez moi la difference ideologique entre la gauche et la droite en ce moment en France
    Les choses sont beaucoup plus compliques apres l intervention d Antony Gideens sur l ‘ ideologie des sodialiste de l Europe.
    Permetez moi de croir que les socilaistes de l Europe en ce moment sont plus porche ideologiquement aux neoliberaux
    Je n oublie pas facilement que Sarkozy a sugere aux hommes puissants du monde entier de voter pour DSK pour la place de leader de l FMI
    L epoque du presedent Mitterand est tres loin malheureusement et je suis bien triste pour ca

  13. @ ΔΟΝ ΚΙΧΩΤΗΣ :
    – une certaine conception de l’existence en société (égalité des chances, justice, enseignement pour tous, accueil des étrangers, l’économie pas seule à la barre, etc.).
    – si vous trouvez des dirigeants « révolutionnaires » candidats pour 2012 en France, indiquez-nous vite leurs coordonnées.
    – DSK directeur du FMI, appuyé par Sarkozy pour justement s’en débarrasser comme futur concurrent, mais il lui reviendra peut-être en boomerang : il saura au moins de quoi il parle (la Grèce, mauvaise élève ? Elle réclame encore, mais il paraît que c’est faux…).
    – l’exemple mitterrandien est justement un pôle qui peut servir d’exemple ou de contre-exemple.

  14. Zoë Lucider dit :

    J’étais à l’étranger et j’ai voté à l’ambassade. Le soir nous avons fait la fête et j’ai parié pour un « raz de marée « aux législatives en faveur de la gauche avec un type qui prétendait que les législatives allaient « corriger cette erreur ». Il fallait voir les gens se précipiter à la banque, convaincus que les Rouges allaient coloniser la France. Je suis rentrée à Paris pour passer des examens (d’université) et j’étais dans la rue le jour du Panthéon. La joie des gens était magnifique. Et si en effet la Gauche n’a pas tenu toutes ses promesses qu’aurait-ce été si elle n’était pas passée ! Ce fut un « état de grâce », n’en déplaise aux « révisionnistes », une période de créativité sociale intense. Après, la réaction a grignoté peu à peu l’utopie.

  15. lautreje dit :

    Je me souviens de cet élan, de cette passion qui m’animait, une envie de participer à une vie plus juste, plus équitable, plus fraternelle, plus humaine. Une envie de vivre un monde de possibles.

  16. @ Zoë : on a failli se croiser, alors ! Certes, comme tu le dis, après c’est retombé, mais « si en effet la Gauche n’a pas tenu toutes ses promesses, qu’aurait-ce été si elle n’était pas passée ! »
    On voit qu’un Laurent Wauqiez, au hasard, n’a pas connu ces instants inoubliables : jamais il n’aurait osé par la suite proposer des mesures aussi réactionnaires et lepénistes.
    Retrouvé tout à l’heure, dans Le Monde en papier, avec le fac-similé intégral de celui daté du 12 mai 1981, un dessin de Plantu (page 12) où un Parisien, au balcon de son immeuble dit à un autre : « Ca alors !?? Le Président est socialiste et la tour Eiffel est toujours à sa place !?? » L’autre répond : « Incroyable ! »
    Il faut dire que Plantu était nettement meilleur à l’époque que ces temps derniers, où ses dessins anti-gauche seraient sûrement mieux mis en valeur en « une » du Figaro.

  17. @ lautreje : merci pour l’évocation sur votre blog de cet élan qui ne peut être effacé (on n’a pas, ici, supprimé les photos ou les vidéos de l’événement, pourtant il pourrait porter atteinte à « la sécurité intérieure » et donner des idées à des esprits simples…).

  18. sylvaine vaucher dit :

    Il était si sensuel que je me plongeais dans ses lèvres qu’il parle ou qu’il se taise.
    Et cette belle carte postale.

  19. @ sylvaine vaucher : il allait souvent dans un petit restaurant marocain situé à côté de son domicile privé, rue de Bièvre (5e).
    Il ne connaissait apparemment pas le patron ni l’adresse du Fouquet’s.

  20. soulef dit :

    Je partage avec vous ferveur comme promesse d’un monde meilleur ,j’espère encore voir la gauche triompher.

  21. […] – Tu vois, t’es gâté Tonton – 1981, Barbara et le mythe errant – François Mitterrand déferle – 81 ou le dernier moment […]

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