Au début, on se demande de quoi il s’agit : nouvelles fontaines Wallace, troncs religieux pour renflouer l’église de Saint-Nicolas du Chardonnet ? Le chapeau pointu fait penser immanquablement au père Ubu – sans l’humour.

 (Photos prises le 1er juillet à Paris. Cliquer pour agrandir.)

Et puis, il y a huit jours, près du cinéma MK2 quai de Loire (19e), l’inscription verticale en noir ne laisse plus aucun doute : un jogger décontracté s’arrête devant tout le monde pour pisser dans le bac.

(Photo : cliquer pour agrandir.)

Voilà donc le roi Decaux, qui possède pourtant quelques milliers de bunkers enracinés sur les trottoirs parisiens, comme détrôné de son monopole par ces ridicules édicules, plutôt indiscrets (sauf pour ceux ou celles qui voudraient se rincer l’œil).

Le « mobilier urbain » vient de faire un grand jet en avant. La vespasienne près de la prison de la Santé demeure unique.

Plus loin, des fleurs poussent à même le bitume : les vraies auraient-elle déjà disparu ?

(Photo prise le 2 juillet. Cliquer pour agrandir.)

(Ravel, Jeux d’eau)

Publicités

La journée d’hier fut celle, à nouveau, des caméras de télé installées en direct devant le domicile de DSK puis à l’entrée du tribunal pénal de Manhattan. L’inculpé en est sorti « libre sur parole », mais les charges pour « crimes sexuels » demeurent (prochaine convocation le 18 juillet).

L’audience surprise s’est tenue à la suite des révélations du New York Times du 30 juin (qui a ainsi battu sur la corde le peu reluisant New York Post) et d’une lettre du procureur Cyrus Vance adressée aux avocats de DSK concernant les mensonges, notamment devant le Grand Jury, de la victime présumée, Nafissatou Diallo.

(Capture d’écran du Nouvel Observateur. Le tag a été rajouté. Cliquer pour agrandir.)

L’avocat de cette dernière a listé (avant d’être interrompu brutalement sur France 2, en « live », par Laurent Delahousse) les faits matériels qui montreraient la culpabilité réelle de l’ex-directeur du FMI.

Du côté du PS, on se réjouit même si les échéances des « primaires » – sauf pour François Hollande – semblent ne pas pouvoir être bousculées.

Alors, pour DSK, une victoire à la Cyrus ?

Luxe

Publié: 1 juillet 2011 dans vases communicants
Tags:

Le Tiers livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

La liste complète des participants se trouve ici grâce à Brigitte Célérier.

Aujourd’hui, l’échange a lieu entre Les Heures de coton et L’Irréductible.

_____________________

Je suis en délicatesse avec l’orthographe. Depuis enfant. J’ai excellé en tout, sauf à savoir décortiquer les sens du mot. Je n’ai pas voulu prendre cela au sérieux. Quand je l’ai fait, il était trop tard.

C’est surtout sur leur signification que je butais. Par exemple, confondre amour et attirance sexuelle m’a valu un mariage qui est vite devenu une somme d’habitudes et de désirs absents. En conjuguant nos deux salaires et nos horaires sans fin à l’hôpital, en y ajoutant une nounou pour les filles, une maison, oui pas un loft ou un triplex, une maison parisienne, en y retranchant les conséquences financières et sociales d’un divorce – pourquoi faire ? Un amant ou une maîtresse reste un à-côté agréable et moins onéreux – nous avons colmaté les brèches. Naviguer à vue en cabine première classe est un moindre mal.

Mais cette première erreur ne me servit pas de leçon, il me fallut comprendre que mon idée du luxe aussi était faussée. J’aimais le beau depuis toujours, depuis qu’il m’avait fallu emprunter une combinaison de ski pour la classe de neige, donner à ma cousine le seul jean de marque qu’un anniversaire avait apporté : tu comprends, elle n’a pas grand-chose, la pauvre, cela lui ferait tellement plaisir. Là, j’ai troqué l’obéissance contre un vernis de générosité. Je rageais en silence, espérant, un jour, pouvoir m’offrir la terre et le contenu des vitrines qui me narguaient et que j’évitais désormais. Le beau, inaccessible, devenait une souffrance. Et quand mes parents m’ont traînée pour que je choisisse un papier peint sur lequel six mois de discussions n’avaient pas réussi à les mettre d’accord, je tendis immédiatement le bras. « Mademoiselle a du goût, le plus cher ! » Dès lors, j’ai confondu le luxe, le bon goût et la facture, TVA comprise.

(Peinture : Jean-Marc Devulder. Cliquer pour agrandir.)

« Allez viens, écoute… ». Je raccroche. Mélanger gentillesse et lâcheté me vaut de foutre en l’air la moitié d’une RTT. C’est fait maintenant : 15 h 45, je serai 45, rue des Bénédictins chez Anne-Maude, un bout de femme en vert bouteille et ballerines repetto claires, cheveux lisses et Jaguar toujours à l’heure devant le collège. Soupir, je diminue la liste de ce que je devais faire et accélère le pas ; je ne pouvais m’offrir qu’une heure d’école buissonnière, qui, désormais, sera engloutie entre deux macarons et un nuage de lait. Re-soupir car je vais devoir admirer les mêmes tasses délicates, la même déco taupe et gris pâle avec des murs style béton et de petites choses déposées ça et là pour faire chic, tiens, le tableau du « peintre ». Les mêmes visages où tout conjure la quarantaine à l’approche : une touche de blush, d’anticerne, une aiguille pour effacer la patte d’oie, la semaine passée et ce regard absent, posé sur la parenthèse du jeudi, dans une garçonnière, entre 15h et 16h. Laurent ? Ou Pierre-André. Tout va si vite. Encore un peu de thé ?

Ma voisine hoche la tête. Le Darjeeling est peut être exquis, je n’écoute plus le bavardage qui règne dans le salon. Absorbée par l’enfilade de tableaux, meubles, vases, qui semblaient tous afficher un prix indécent. Ont-ils été juxtaposés dans l’ordre chronologique de leur arrivée ? Et stupéfaite de cette phrase qui vient de jaillir dans la conversation : un chien aussi complète le tableau, un truffier « acquis avec le terrain adéquat. Notre dernière lubie, nos propres truffes ! » Bouche bée devant le ravissement des convives à cette nouvelle, je rajoute un zeste de citron dans ma tasse. Avec trois sucres de trop. Le goût et le luxe.

Je repense au papier peint que j’avais conseillé à mes parents, du haut de mes quinze ans ; le prix n’avait rien eu à voir avec mon choix. Des volutes et des motifs cachemire gris et bleu perle. Je les revois, après la pose. L’odeur de colle et la beauté du marbre de la cheminée, les carrelages-mosaïques qui tournaient leurs camaïeux et leurs ors sur le sol glacé du séjour et ce papier, comme un écho pâle qui en relevait la complexité plutôt que de l’écraser.

Je me lève, prétextant un appel de l’hôpital, et je fuis poliment. Je longe le canal jusqu’à ce banc. Observer le ciel imbriqué dans les toits des vieux immeubles, surprendre le clapotis de l’eau. Rentrer. Echanger un mot avec Ada et Victoire, après leurs cours de contrebasse et de hautbois. Minuit arrivera. Oui, l’attendre, lui, pour une fois, un verre de vin à la main. Un autre que je lui tendrai. Et une parole aussi.

Texte : Caro_carito

En guise d’amuse-gueule pour demain (« Vases communicants » du 1er juillet avec Les heures de coton), trois photos parisiennes : à quel endroit précis ont-elles été prises hier ?

Un abonnement gratuit à L’Irréductible, d’une durée de dix ans, sera offert au lecteur ou à la lectrice qui aura trouvé d’emblée la réponse exacte.

(Photos : cliquer pour agrandir.)

(Leonard Cohen, Chelsea Hotel)

Hier, The Washington Post indiquait qu’elle avait le soutien des USA : l’affaire était donc dans le sac et le soir, juste à temps pour le journal télé de 20 heures, on apprenait la désignation de Christine Lagarde à la tête du FMI (ou IMF, International Monetary Fund).

Au moment même où The New York Times s’interrogeait sur les conditions de la rencontre, le 14 mai, de DSK avec sa fille et son compagnon dans un restaurant de poissons de new York (au nom à la Beckett), peu après avoir quitté le funeste Sofitel.

(Capture d’écran du NYT. Le tag a été rajouté. Cliquer pour agrandir.)

La nomination de Christine Lagarde, qui parle anglais sans problème, est « une grande victoire pour la France », a indiqué aussitôt Nicolas Sarkozy. Il n’a pas qualifié l’annonce, attendue, de la candidature de Martine Aubry aux « primaires » du PS en vue de l’élection présidentielle (« une grande défaite pour la France » ?), étant tout préoccupé  à aller jouer mardi, en costume-cravate, au paysan dans la Sarthe, terre de François Fillon et de rillettes.

Sur l’asphalte du trottoir ou sur la trotte de l’asphloir, cette inscription renvoyait à une campagne de pub vue récemment. Les féministes ont raison d’oser (sur Twitter, il y a quelques jours, on trouvait quelques mots de Céleste à ce sujet).

J’ai souvent un problème de « balance des blancs » avec mon Canon numérique, mais je n’entre pas dans ces considérations techniques : le bleu du ciel devient ainsi (à cause du contraste) un espace de bataille photographique.

Merci à la poseuse involontaire sur le cliché : si elle fait partie des quelque 200 000 visiteurs quotidiens de L’Irréductible, elle peut toujours se manifester pour demander un droit de retrait. Il lui sera accordé sine die.

(Photo : Paris, rue du Faubourg-du-Temple, 10e, le 26 juin. Cliquez.)

(Alain Bashung, Dehors)

Roue des événements

Publié: 27 juin 2011 dans Actualité
Tags:, ,

Elle tourne sans cesse, la roue des événements, et l’on se demande même si les êtres humains ne ressemblent pas à des hamsters pris dans son défilement ininterrompu.

(Paris, 23 juin, rue de Turbigo, 3e. Cliquer pour agrandir.)

En Grèce  ou en France, il semble que l’actualité nous étouffe : l’été exagère.

(Paris, hier, rue de Turenne, 4e. Cliquer pour agrandir.)

(Miles Davis, Summertime)