Articles Tagués ‘Blanche’

Le Tiers livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

La liste complète des participants se trouve grâce à Brigitte Célérier.

Aujourd’hui, l’échange a lieu entre Pendant le week-end et L’Irréductible.

ligne 2 que je prends si souvent, aujourd’hui j’y descends un peu plus tôt, ici le cabaret (on lit, mal, « le plus célèbre french cancan du monde », deux fois « féerie »), c’est  cette arrivée-là que le sort a mis au point. Paris, cette ville

sur sa place Blanche,

je me souviens de ce professeur de français, classe de première, qui nous faisait étudier « Le Manifeste du Surréalisme », premier, second, je n’avais pas de plaisir particulier à lire André Breton, mais à écouter, parfois, Salvador Dali, dire de la gare de Perpignan, lui qui, traversait cette place en taxi, et laissait au chauffeur un pourboire mirobolant, qui me fait toujours penser à Serge Gainsbourg, son billet de cinq cents, des francs et ses cendres, le descend-t-on vers la place Clichy, ce boulevard, mais là, à droite, l’avenue Rachel dont parle Bernard Chambaz, vu il y a peu, cinquième étage d’une bibliothèque, deuxième arrondissement, Passage des petits Pères, là, à droite,

j’en parlais à mon frère, « il y a celle des Guitry, de Berlioz, de Nissim – le dernier – de Camondo et de Théophile Gauthier, la dame aux Camélias et de tant d’autres, là… » me disait-il, mais moi, c’est celle-ci que j’ai prise, c’est celle de cette chanteuse, elle ne me semble pas à la taille qu’elle devait avoir, elle chantait,

comme Dario Moreno (il y a là celle de Fred Chichin aussi), dans ce temps-là, les vacances à Croix-Valmer, les parties de belote ou de gin rami des parents, les moustiques

c’est au coin que ce bus va vers de Gaulle,

et ce sont aussi des réminiscences de ce temps-là, les années soixante et la DS mitraillée au Petit Clamart, tante Yvonne (qu’avons-nous avec ces « tonton » pour ce François, ces « tante Yvonne» ? n’avons nous rien pour le minuscule qui s’y tient, à présent, en ce palais ?), n’y a-t-il pas quelque chose de lâche, frelaté et de tellement

et pourtant si cruel, et hypocrite, si haineux envers les autres, dans les agissements de ceux-là, à présent, du même bord que le grand Charles d’alors ? En sortant de ce lieu à la mort dédié (y sont aussi mes parents, et leurs parents et mes oncles et mes tantes ainsi qu’une inscription, en mémoire d’un de mes grands pères – je ne la savais pas là, celle-là), en sortant de ce lieu calme aux passions éteintes, j’ai rejoint donc au café Wepler prix littéraire, mon ami correspondant : sur la terrasse, mais devant nous, assis, ses lunettes de couleurs, cet homme et devant lui qui passent toutes ces personnes tellement plus vraies que ce qu’ils veulent bien en dire, en les avilissant, les salissant et les renvoyant (par trente mille, par an, parce que « un ça va encore, c’est quand ils sont plusieurs… » ), ceux qui emploient ces termes ignobles, vers un « chez eux » qui n’existe pas.

Alors la place puis le cimetière, le boulevard

et l’avenue, la brasserie, et les cinémas, Paris, ville lumière où lorsqu’on marche dans la rue, ce qu’on y entend n’est pas que du français, où les femmes et les hommes peuvent vivre et respirer sans qu’on les chasse, qu’on les poursuive et les persécute, Paris, cette ville, la lumière et le cinéma, noire, blanche et colorée, les contrastes les teintes de peaux, et Paris toujours là parce que nous y sommes, parce que nous savons notre histoire et la sienne, Paris parce qu’on l’aime et qu’on la donne, à vous qui y êtes les bienvenus.

Texte et photos : Piero Cohen-Hadria