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La plainte pour « tentative de viol » sera déposée aujourd’hui à Paris par Tristane Banon, sur conseil de son avocat : l’histoire est bien connue mais, lors de l’affaire DSK au Sofitel de New York (14 mai), il avait préféré ne pas « interférer » avec la procédure judiciaire américaine en cours.

Cela signifierait-t-il que celle-ci est désormais bouclée ? Le « non-lieu » annoncé comme probable à Manhattan a bousculé toutes les éminences du PS, prêtes même pour certaines à décaler les dates de clôture d’inscription aux primaires afin que DSK puisse, « s’il le désire », y faire bonne figure.

Pourtant, Fabien Namias, rédacteur en chef (politique et économie) de France 2, affirmait hier, lors du journal de 20 heures, tenir de quelques personnes de l’entourage de DSK, qui l’avaient eu au téléphone récemment, que celui-ci n’envisageait plus l’élection présidentielle de 2012 comme une échéance pour lui-même.

En attendant, l’ex-directeur du FMI est rattrapé maintenant par les dires de la désormais célèbre Tristane Banon – fille d’Anne Mansouret, une hiérarque du PS, qui se présente elle-même aux primaires socialistes… – concernant l’agression par « un chimpanzé en rut » dont elle aurait été la proie en février 2003.

(Capture d’écran de Rue89. Le tag a été rajouté. Cliquer pour agrandir.)

« Info ou intox ? », comme dirait le présentateur qui sonne hardi pour l’audience des émissions « trash » dont il fait commerce.

Presque assuré d’être « blanchi » à New York, DSK est à nouveau « noirci » à Paris. Pas de chance avec les femmes, lui qui les aime tant : le voici victime de harcèlement judiciaire international ! Il était donc logique qu’il porte plainte à son tour (pour « dénonciation calomnieuse » s’agissant de faits « imaginaires »).

On examinera donc avec intérêt si la justice française sait, aussi bien que sa cousine américaine, démêler le faux du vrai et le récit de la fiction : un nouveau chapitre de storytelling, toujours brillamment analysé par Christian Salmon, vient de s’ouvrir, cliquer sur l’écran ou l’effleurer pour tourner les pages.

(Herbie Hancock, Cantaloupe Island)

Oui, cela commençait à bien faire, on ne parlait plus que de lui, le monde était-il donc réduit à ces trois initiales ?

La vie s’était arrêtée, soudain suspendue au moindre des gestes du violeur présumé – et qui parlait de « la victime », ce qui prouvait bien qu’il y avait eu crime et cela pouvait s’appeler « le mystère de la chambre 2806 » (Libération du 19 mai) ?

(Photos : Paris, le 17 mai. Cliquer pour agrandir.)

Hier soir encore, sur France 2, un pugilat télévisé était diffusé en direct à 20 heures 30 pour les Français qui aiment ce sport, starring : Robert Badinter impeccable, forcément, Laurent Joffrin perdant les pédales, Franz-Olivier Giesbert égal à sa suffisance même, Yvan Roufiol à l’image du Figaro, Manuel Valls courageux, une journaliste anglaise faisant de la figuration et David Pujadas confondant Washington avec New York.

Sur la place du Panthéon, Pierre Corneille en restait de marbre : des tragédies, il en avait connu d’autres, il n’y a pas de fumée sans feu. Illusion comique !

(Photo : cliquer pour agrandir.)

Ne pouvait-on vraiment parler d’autre chose ? Prendre la télécommande, changer de chaîne ? Ce feuilleton, oui, pourquoi nous l’imposait-on alors que Fukushima, Carla, les panneaux annonçant les radars démontés, la sécheresse, il n’y a plus de saisons, tout ça était passé à la trappe ? La politique, les conséquences internationales de « l’affaire », les prochaines élections présidentielles en 2012, non mais, sans blague, qui ça intéressait, ma bonne dame ?

Regardez comme c’est joli, les fleurs et les arbres (en fleurs) et les pots, ne nous noyons pas dans l’actualité vulgaire, les sites d’infos, la télé, l’avalanche de ces photos, ces vidéos, les journaux, voyez plutôt les petits zoziaux sur fond bleu !

(Photo : cliquer pour agrandir.)

(Big Bill Broonzy, Get back)